Face aux difficultés d'Air France, et la grogne des pilotes, Alexandre de Juniac, PDG d'Air France-KLM, a préféré jeter l'éponge | ERIC FEFERBERG / AFP

Airport, 747 en péril, Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, Les Naufragés du 747… Il fut un temps, pas si lointain, où les suspenses aériens faisaient recette au cinéma. Ils mettaient en scène la bravoure des pilotes qui se démenaient comme de beaux diables pour faire atterrir leur appareil au milieu des pires catastrophes. Aujourd’hui, à l’heure des drones et des chemises déchirées, les commandants de bord et leurs copilotes évoquent plutôt les conflits sociaux à répétition, comme chez Air France, où ils semblent entraver périodiquement les velléités de réforme des directions successives. Dernier épisode en date, le refus du syndicat majoritaire des pilotes de ligne de la compagnie française, le SNPL, de signer l’accord social du plan « Perform 2020 ».

Ce rapport de force, parfois brutal, entre les pilotes et leur direction n’est pourtant pas nouveau, ni particulier à Air France. Depuis deux ans, les pilotes de la compagnie allemande Lufthansa enchaînent les grèves pour protester contre les propositions de la direction, dont la dernière leur a été soumise vendredi 15 avril. Et, aux Etats-Unis, les bras de fer entre navigants et direction ont émaillé l’histoire du transport aérien.

Autrefois héros et grands bénéficiaires de la répartition des profits du secteur, les pilotes ne veulent pas devenir les boucs émissaires de la profitabilité insuffisante des compagnies historiques, et notamment d’Air France, qui leur demande de voler plus en gagnant moins. Un sacrifice d’autant plus difficile à avaler que la situation financière de la compagnie s’est notablement améliorée grâce à la baisse des prix du carburant. Ils s’insurgent : pourquoi la conjoncture conduirait-t-elle à augmenter le PDG d’Air France, Alexandre de Juniac, de 65 % et à leur demander des efforts à eux ? Une dernière pique adressée à un patron qu’ils détestent et qui a préféré jeter l’éponge devant une telle adversité.

Casse-tête

L’éternelle question de la juste répartition des efforts mine les plus valeureuses réformes et attise toutes les colères. C’est l’histoire de la loi El Khomri qui ambitionnait de réduire la protection des salariés existants dans l’espoir de favoriser les embauches et donc de réduire le chômage. Mais personne ne veut être le dindon de la farce. La tâche ne sera donc pas facile pour le remplaçant d’Alexandre de Juniac, dont la première mission sera de recoller les morceaux du dialogue social. Trouver les bons termes de l’échange pour faire admettre l’évolution du monde concurrentiel. Pas impossible. La Poste, la RATP ou la SNCF sont quotidiennement confrontées à ce casse-tête, avec pourtant des personnels moins gâtés financièrement que les commandants de bord d’Air France, dont le salaire moyen dépasse les 17 000 euros par mois. Mais c’est peut-être cela la principale difficulté : faire plier des héros auxquels on a beaucoup donné.