Le récent débat sur le salaire des patrons a remis au goût du jour une question existentielle, qui hante l’histoire humaine depuis l’aube des temps : quelle est la responsabilité d’un chef sur le destin d’un pays ou d’une entreprise ? Difficile de faire la part entre l’évolution de l’environnement extérieur, les choix stratégiques et la gestion concrète. L’étrange aventure de Hewlett-Packard (HP), héros des premiers âges de l’informatique et inventeur de la Silicon Valley, en fournit une illustration remarquable.

Quand Meg Whitman a pris la tête de HP en 2011, l’entreprise affichait 127 milliards de dollars (114 milliards d’euros) de chiffre d’affaires et employait 350 000 personnes. Elle avait réalisé son rêve de dépasser son concurrent de toujours, IBM, devenant le numéro un mondial de l’informatique. Après la séparation de son activité services, annoncée mardi 24 mai, la même PDG devrait se retrouver à la tête d’un ensemble de 50 000 personnes et de 30 milliards de dollars de revenus. Une division par quatre des ventes et par sept du personnel en cinq ans !

Il faut s’adapter

Bien sûr, le reste de l’activité ne s’est pas évaporé. Il a été éclaté en différentes entreprises. D’abord, en 2015, la séparation avec les PC et imprimantes, puis, aujourd’hui, l’activité services et ses 100 000 personnes qui sont apportées à la société CSC, dans le cadre d’une société commune. Pour justifier son choix, la patronne de HP invoque le changement d’environnement. Le concept de supermarché du numérique, qui prévalait dans les années 2000, n’est plus de mise.

Désormais, l’informatique à distance décentralisée dans le Net, le « cloud computing », est devenue la norme, du moins le territoire de croissance. Il faut donc s’adapter. Le même raisonnement a été mis en avant pour justifier la sortie de la micro-informatique, technologie mature, voire sur le déclin.

Errements

Ce sont ces modifications de marché qui ont dicté les choix stratégiques. Ceux de l’offensive, en 2001, avec le rachat de Compaq pour devenir leader mondial du PC, puis, en 2012, l’acquisition d’EDS, destinée à rattraper le retard de l’entreprise dans les services informatiques. Mais ces choix ont été tardifs et coûteux. Quand HP a dépensé 25 milliards de dollars pour Compaq, IBM entamait son retrait de ce secteur. Idem pour le rachat d’EDS, intervenu en plein déploiement des réseaux Internet. Un manque d’anticipation et de vision qui se paie aujourd’hui. Achetée 13 milliards, l’activité services est valorisée, aujourd’hui, 4 milliards.

Reste la gestion. Elle a été rendue d’autant plus difficile que les changements constants de périmètre n’ont pas aidé à stabiliser l’ensemble. Meg Whitman ne porte pas la responsabilité de tous ces errements. Ses prédécesseurs, notamment Carly Fiorina, en sont les principaux responsables, avec un conseil d’administration complaisant et divisé. Tous ces gens si bien payés que l’on s’interroge sur la bonne mesure de la valeur des hommes.