Au programme de la sélection replay cette semaine, la voix abyssale d’une diva nazie, des sonorités « made in France » et des bruits insupportables. Nous vous conseillons de regarder le portrait de Zarah Leander, revenue dans sa Suède natale après avoir connu la gloire sous le régime hitlérien, et une enquête sur les fabricants français d’instruments de musique. Mais aussi d’écouter Lucille, qui raconte le quotidien pénible d’une jeune femme « misophone ».

Zarah Leander : la « diva nazie »

zarah leander "kann denn liebe sünde sein?"
Durée : 02:18

Zarah Leander (1907-1981), de son vrai nom Sara Stina Hedberg, demeure dans la mémoire collective la « diva nazie », en raison de ses films pour la UFA (Universum Film AG, fondée en 1917, devenue le studio officiel de l’Allemagne nazie) et ses disques, vendus par millions, enregistrés sous le régime hitlérien. Mais la réalité de la vie de la Suédoise, qui regagna son pays natal au printemps 1943, au faîte de sa gloire, est plus complexe. Le documentaire L’Affaire Zarah Leander (2013) mène une enquête approfondie sur celle qui, mal vue à son retour en Suède, était parfois aussi considérée comme une « rouge », voire une agente au service des Soviétiques. Les auteurs, Torsten Striegnitz et Simone Dobmeier, ont conçu leur travail en usant d’un vocabulaire devenu habituel dans le cadre documentaire, constitué d’un mélange d’archives et d’actualités, d’images animées (très belles) et d’entretiens avec celle qui prit en quelque sorte la place laissée vacante par Marlene Dietrich, ensorcelant son vaste public par sa voix abyssale et masculine. Renaud Machart

« L’Affaire Zarah Leander », de Torsten Striegnitz et Simone Dobmeier (All., 2013, 51 min.) A la demande sur Arte +7 jusqu’au 5 août

Facture à la française

made in France : en avant la musique
Durée : 00:23

Les facteurs français d’instruments de musique dominaient naguère le marché international. Ils étaient quelque 10 000 dans les années qui suivirent la deuxième guerre mondiale ; ils ne sont plus aujourd’hui que 1 500 environ, répartis en diverses régions, selon les types d’instruments fabriqués. Face à la concurrence, notamment asiatique, qui propose des produits à très bas prix et d’une qualité discutable, les facteurs français se sont rabattus sur la catégorie haut de gamme, toujours prisée par les instrumentistes professionnels du monde entier. L’enquête de Charlotte Notteghem, menée dans le cadre de la série « Made in France » de la chaîne Public Sénat, conduit les téléspectateurs des ateliers Selmer (saxophones) et Buffet-Crampon (clarinettes), dans la région parisienne, jusqu’aux ateliers d’instruments à cordes de Mirecourt, dans les Vosges, et au dernier fabricant de pianos français, la maison Klein, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). R.Ma.

« Made in France : en avant la musique », de Charlotte Notteghem (Fr., 2014, 27 min.) A la demande sur publicsenat.fr

Des bruits qui rendent fou

Lucille ne supporte pas les cliquetis des stylos, ni les bruits de bouche. Toutes ces sonorités la font entrer dans une colère noire. La jeune femme souffre de misophonie, entendez : une maladie neurologique qui se caractérise par la « haine du son ».

Tout a commencé chez elle le jour où elle a reproché à son père de siffloter. Puis son irritation a pris de l’ampleur, au point, dit-elle, de vouloir trucider son frère qui respire trop fort ou sa grand-mère dont les bruits de dentier lors des repas étaient insupportables. « Aujourd’hui, je mets des boules Quies. Je ne mange plus avec mes collègues de boulot. Dans le métro, je repère les gens qui mastiquent un chewing-gum et je change de place si besoin », explique Lucille.

La jeune femme a accepté de raconter son quotidien au micro d’Alexandra Vardi, journaliste d’Arte radio, à travers un récit aussi drôle que touchant, qui met en lumière – sinon en son – une maladie définie en 2000 par Margaret et Pawel Jastreboff, professeurs en oto-rhino-laryngologie (ORL) d’Atlanta et, de fait, encore largement méconnue du grand public. Quentin Pérez de Tuleda

« La misophone », d’Alexandra Vardi (France, juin 2016). En podcast sur Arteradio.com