Nathan Law est arrivé deuxième dans sa circonscription. | TYRONE SIU / REUTERS

Plusieurs jeunes militants prônant une rupture radicale avec Pékin semblaient lundi 5 septembre sur le point d’être pour la première fois élus au « Parlement » hongkongais, deux ans après les grandes manifestations prodémocratie de 2014.

Les élections au Conseil législatif (LegCo) se sont tenues dimanche au moment où de nombreux habitants de l’ex-colonie britannique ont le sentiment que Pékin veut renforcer son emprise sur la ville semi-autonome, dans les domaines politique, culturel ou encore éducatif.

Plus de 2,2 millions de personnes, soit près de 60 % des inscrits, ont voté jusque tard dans la nuit pour un scrutin où se présentaient pour la première fois des partisans d’une indépendance du petit territoire du sud-est de la Chine.

En raison de la participation record, certains bureaux de vote sont restés ouverts jusqu’à 2 h 30 lundi, quatre heures après leur fermeture théorique. Lors des dernières élections au LegCo en 2012, le taux de participation s’était élevé à 53 %.

L’indépendance comme leitmotiv de cette génération

Après dépouillement de 90 % des bulletins, au moins trois candidats préconisant la rupture avec Pékin étaient donnés gagnants. Parmi eux, Nathan Law, 23 ans, qui avait été à l’automne 2014 une des figures de proue du « Mouvement des Parapluies », ces manifestations massives qui avaient paralysé des quartiers entiers de Hong Kong.

Deuxième dans sa circonscription, derrière un candidat pro-Pékin, il est assuré d’obtenir un siège au LegCo. Son mouvement, Demosisto, demande un référendum sur l’indépendance, insistant sur les droits des Hongkongais à choisir leur avenir.

« Les Hongkongais veulent vraiment le changement, a-t-il déclaré lors du dépouillement. Les jeunes ont un sentiment d’urgence en ce qui concerne leur avenir. »

Malgré plus de deux mois de blocage des rues, le « Mouvement des Parapluies » avait échoué à obtenir la moindre concession de la Chine en matière de réformes politiques. Sur les cendres de cette révolte, était né le mouvement dit « localiste » qui cherche à prendre ses distances avec la Chine. Aujourd’hui, une nouvelle génération demande l’indépendance pure et simple, tandis que d’autres militent pour l’autodétermination du territoire repassé en 1997 sous tutelle chinoise.

Pour l’analyste hongkongais Joseph Cheng, « cette élection se caractérise en grande partie par des changements intergénérationnels de dirigeants politiques ».

Une majorité assurée au bloc pro-Pékin

Les résultats non définitifs laissaient penser que l’opposition « démocrate » traditionnelle conservera dans la nouvelle assemblée sa minorité de blocage. Ce qui serait pour elle un très bon résultat.

Le système électoral hongkongais, particulièrement complexe, fait qu’il est quasiment impossible que le camp démocrate soit majoritaire au LegCo. Trente-cinq de ses 70 membres sont élus au suffrage universel direct. Mais l’autre moitié des sièges est attribuée selon un mécanisme alambiqué qui garantit presque à coup sûr une majorité au bloc pro-Pékin.

Le dirigeant du gouvernement local, l’impopulaire Leung Chun-ying, a assuré en glissant son bulletin dans l’urne que le scrutin était « démocratique ».