Visite à risque, lundi 17 octobre, pour François Hollande. Le chef de l’Etat se rend à Florange (Moselle), sur un site devenu le symbole de la désindustrialisation à marche forcée dans le secteur de la sidérurgie dans l’est de la France. D’une campagne présidentielle à l’autre, de 2011 à 2016, retour sur ces années qui ont vu les promesses se multiplier, et les hauts fourneaux fermer.

Juin-octobre 2011 : les hauts fourneaux mis à l’arrêt

ArcelorMittal met successivement à l’arrêt les deux hauts fourneaux de son usine de Florange. Il s’agit, selon le groupe sidérurgique, d’une « mise en veille conjoncturelle, temporaire et provisoire ». Mais, à Florange, on craint de subir le même sort que dans la ville voisine Gandrange : en 2009, ArcelorMittal avait fermé cette grande aciérie et ce, malgré la promesse faite par Nicolas Sarkozy, alors président, de pérenniser par tous les moyens le site. D’autant que, avec cette fermeture « temporaire », le géant de la sidérurgie revient déjà sur un de ses engagements, celui de maintenir les hauts fourneaux de Florange en activité au-delà de 2012.

A quelques mois de l’élection présidentielle de 2012, le dossier est brûlant. Il devient un sujet d’affrontement entre les favoris, Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Campagne présidentielle 2012 : Florange, terrain d’affrontement entre Hollande et Sarkozy

La scène a marqué les esprits : en visite express à Florange, François Hollande partage un sandwich-merguez avec des ouvriers, se hisse sur la camionnette de l’intersyndicale et prend le micro pour « prendre des engagements » et ainsi défendre « une filière d’excellence, la filière sidérurgique ». Nous sommes le 24 février 2012 et, devant les salariés, le candidat socialiste s’engage notamment à faire passer une loi prévoyant que « quand une grande firme ne veut plus d’une unité de production, elle soit obligée de la céder à un repreneur » afin qu’elle ne soit pas « démantelée ».

François Hollande, alors candidat PS à l’élection présidentielle, en visite à Florange, le 24 février 2012. | © Francois Lenoir / Reuters / REUTERS

Peu après, le 1er mars, Nicolas Sarkozy annonce avoir obtenu d’ArcelorMittal un investissement de « 17 millions d’euros à Florange » pour sauver le site. Selon le président candidat à sa réélection, un des hauts-fourneaux doit même repartir au deuxième semestre 2012. Ces propos seront à la fois nuancés par le groupe sidérurgique – qui conditionne cet investissement à la reprise du marché mondial de l’acier – et critiqués par les syndicats – qui dénoncent un « enfumage » du chef de l’Etat.

Fin 2012 : le bras de fer Montebourg-Ayrault

François Hollande élu président, son ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, s’empare du dossier. Il demande une mission d’expertise, qui rend son rapport en juillet 2012 et estime que le site de Florange est « viable, fiable et rentable » à condition d’investir. En septembre, ArcelorMittal donne deux mois au gouvernement pour trouver un repreneur pour les hauts fourneaux.

Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif,  à Florange, le 27 septembre 2012. | © Vincent Kessler / Reuters / REUTERS

Au cours du deuxième semestre de 2012, Florange devient un sujet d’affrontement entre M. Montebourg et le premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Le ministre du redressement productif s’en prend au PDG d’ArcelorMittal, qu’il accuse de « ne pas respecter la France ». Il plaide pour que l’ensemble du site puisse être racheté par un repreneur et évoque la possibilité d’une nationalisation temporaire de l’usine. Mais le chef du gouvernement reprend le dossier en main et annonce fin novembre un accord avec ArcelorMittal : le non-redémarrage des hauts-fourneaux est confirmé mais ces derniers doivent être maintenus en l’état, dans l’attente de la réalisation du projet de captage et de stockage de CO2 Ulcos. Le géant de l’acier doit par ailleurs investir 180 millions d’euros sur cinq ans et ne pas faire de plan social.

Avril 2013 : fermeture des hauts-fourneaux

Le 6 décembre 2012, soit une semaine après les annonces de Jean-Marc Ayrault, ArcelorMittal se retire du projet Ulcos. Le groupe condamne ainsi les hauts-fourneaux de Florange, qui sont définitivement mis à l’arrêt le 24 avril 2013.

Cette étape cruciale est marquée par l’installation d’une stèle évoquant la « trahison » de François Hollande à Florange.

Stèle dénonçant la « trahison » de François Hollande à Florange, le 24 avril 2013. | © Vincent Kessler / Reuters / REUTERS

Septembre 2013 : Hollande de retour à Florange

Le chef de l’Etat revient à Florange pour la première fois depuis la campagne présidentielle. Il y annonce la création d’une plateforme publique de recherche spécialisée dans la filière sidérurgique. Il promet également de se rendre chaque année à Florange pour vérifier que les promesses sont tenues. Il revient en effet un an plus tard, en évitant toutefois de croiser les syndicalistes, mais ne fera pas le déplacement en 2015.

Février 2014 : adoption de la loi dite « Florange »

La loi « visant à reconquérir l’économie » réelle, dite loi Florange, est définitivement adoptée deux ans après la visite du candidat Hollande. Son contenu s’éloigne de la promesse faite en février 2012 : la loi ne contient pas d’obligation pour une entreprise de céder un site rentable au lieu de le fermer. Selon ce texte, un dirigeant d’entreprise doit informer ses salariés et le comité d’entreprise de sa volonté de fermer un site avant de chercher un repreneur pendant trois mois. Le Conseil constitutionnel s’est opposé à toute pénalité financière en cas de non-respect de cette obligation de chercher un repreneur.

Octobre 2016 : Hollande dit avoir « respecté l’ensemble de [ses] engagements »

Le chef de l’Etat se rend à Florange le 17 octobre. Dans une interview à L’Est républicain, il assure y aller serein pour dire aux salariés qu’il a « respecté l’ensemble de (ses) engagements »

« Je leur avais fait deux promesses : sauver le site et éviter tout plan social. Elles ont été tenues. Les 650 salariés qui travaillaient sur le haut fourneau ont été reclassés sur place et aucun n’a été licencié »

M. Hollande souligne aussi avoir obtenu « 180 millions d’investissements du groupe ArcelorMittal à Florange » et met en avant la création d’un centre de recherche publique pour la sidérurgie lorraine pour laquelle l’Etat a déjà débloqué « 20 millions d’euros ».