La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles a validé, vendredi 16 décembre, l’enquête sur le chantage à la « sextape » contre Mathieu Valbuena, notamment des écoutes litigieuses que contestaient les suspects, dont Karim Benzema, et a demandé au juge d’instruction d’envisager une mise en examen de Djibril Cissé. Le dossier pourrait être jugé devant un tribunal correctionnel en 2017.

L’affaire avait débuté en juin 2015, lorsque Valbuena avait reçu un appel d’un inconnu lui affirmant détenir une vidéo intime le concernant. Le maître chanteur lui proposait de trouver un arrangement, sans évoquer le montant à payer, conduisant l’international français à déposer plainte.

Demandes de nullité visant la procédure

Une longue négociation avait alors commencé entre un policier sous couverture, qui se faisait passer pour un homme de confiance du joueur de l’Olympique lyonnais, et l’escroc, nourrie d’appels téléphoniques répétés, certains à l’initiative de l’enquêteur. C’est ce procédé policier, jugé déloyal, qui est mis en cause par quatre suspects qui réclament l’annulation des écoutes et, par extension, de l’ensemble de la procédure. Le parquet général a requis le rejet de ces demandes de nullité, en estimant que le délit était déjà constitué lorsque le policier est intervenu.

L’enquête avait permis d’identifier les cerveaux présumés de l’entreprise de chantage, Mustapha Zouaoui et Axel Angot, qui gravitent depuis des années autour des footballeurs, ainsi que le corbeau, Younès Houass. MM. Zouaoui et Angot s’étaient ensuite tournés vers Karim Zenati, un ami d’enfance de Benzema, afin que l’attaquant du Real Madrid pousse Valbuena à payer.

Karim Benzema a été mis en examen pour « complicité de tentative de chantage et participation à une association de malfaiteurs ». Le joueur encourt jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende en cas de poursuites. Tous ont été mis en examen pour tentative de chantage, complicité et participation à une association de malfaiteurs, mais seuls Benzema, Zouaoui, Houass et Zenati ont présenté la requête en annulation.

Le rôle de Djibril Cissé

Lors de l’audience devant la chambre de l’instruction, le 16 octobre, l’accusation a par ailleurs demandé la mise en examen d’une autre star du foot, Djibril Cissé. Mis au courant de l’existence d’une vidéo intime par Zouaoui, Cissé avait prévenu Valbuena dès mai 2015 de « murmures » quant à une vidéo qui circulait et, ayant été lui-même victime d’une tentative de chantage en 2008, il lui avait dit avoir réglé son problème en payant.

L’ex-attaquant d’Auxerre, Marseille et Liverpool avait été placé en garde à vue en octobre 2015, mais en était ressorti à l’époque libre, sans faire l’objet de poursuites. « Des éléments médiatiques laissent perplexes quant à la bienveillance de Cissé à l’égard de Valbuena », estime désormais le parquet général.

Quelques jours après cette garde à vue, Cissé avait expliqué dans une émission de télévision que c’était « un truc qui aurait pu être très mauvais pour moi et pour [Mathieu Valbuena] alors qu’il n’y a rien. On est venu me chercher pour écouter ma partie de l’histoire. Moi, je n’ai jamais escroqué personne. Mathieu est un ami ! ».

Valbuena, selon son avocat, considère également que « l’intervention de Cissé lui paraissait bienveillante par rapport à celle de Karim Benzema ».

Quand l’affaire a éclaté à l’automne 2015, Benzema, attaquant au Real Madrid, était coéquipier en équipe de France de Valbuena, milieu offensif de l’Olympique lyonnais. Privé d’Euro 2016 en France en raison de sa mise en examen, le joueur madrilène, actuellement au Japon pour le Mondial des clubs, est à nouveau « sélectionnable » chez les Bleus, a estimé depuis le président de la Fédération française de football, Noël le Graët.