A la télévision sud-coréenne, le 12 février, le suivi en direct du nouveau tir de missile nord-coréen. | JUNG YEON-JE / AFP

La mesure prive la Corée du Nord d’une source cruciale de revenus qui lui rapportait plus d’un milliard de dollars par an. La Chine va cesser ses importations de charbon au pays jusqu’à fin 2017. Cette décision, qui durcit sa position avec Pyonguang, intervient après un nouveau test de missile.

« La Chine va cesser momentanément ses importations de charbon en provenance de Corée du Nord pour le reste de l’année », a annoncé samedi 18 février le ministère du commerce chinois. Cette suspension, qui débutera dimanche et s’appliquera jusqu’au 31 décembre, concerne aussi les cargaisons en attente d’un examen aux douanes.

Provocations

Ce durcissement survient peu après l’essai réalisé par Pyongyang de son missile balistique Pukguksong-2. Celui-ci a parcouru dimanche dernier 500 kilomètres avant de retomber en mer du Japon, suscitant de vives réactions en Asie comme à Washington.

Le lendemain, Kim Jong-nam, demi-frère en disgrâce du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, était assassiné en Malaise. Réputé apprécié par Pékin, il vivait en exil en territoire chinois, à Macao. Nombre d’observateurs voit dans cet assassinat la main de Pyongyang.

Pour Koh Yu-hwan, professeur à l’université sud-coréenne Dongguk, ces deux épisodes ont pu exaspérer Pékin, déjà irrité de voir son turbulent voisin accélérer le développement de son programme nucléaire à visée militaire.

« La Chine a pu vouloir lancer un avertissement, après les provocations que constituent ce dernier lancement de missile et le meurtre de Kim Jong-nam. »

Une main tendue à Washington

« C’est également un geste de bonne volonté à l’égard de Washington, le signe que Pékin accomplit bien sa part d’efforts pour freiner la Corée du Nord », poursuit Koh Yu-hwan.

Les Etats-Unis avaient accentué la pression vendredi : le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, qui rencontrait son homologue chinois, Wang Yi, pour la première fois, avait appelé Pékin à œuvrer « par tous les moyens » à « modérer » son voisin.

De fait, la Chine, unique alliée de Pyongyang et son principal soutien diplomatique, lui fournit un soutien économique vital, mais cache de moins en moins son agacement face à l’intransigeance de Kim Jong-un, qui n’a toujours pas visité la Chine, cinq ans après son arrivée au pouvoir.

Coup dur pour Pyongyang

La suspension des importations chinoises dévoilée samedi représente un coup dur pour les finances de Pyongyang, qui verra disparaître une cruciale source de devises.

En 2016, la Chine avait importé 22,5 millions de tonnes de charbon nord-coréen (une hausse de 15 % sur un an), pour un montant total avoisinant 1,19 milliard de dollars, selon les douanes chinoises.

La suspension annoncée samedi est destinée à « appliquer la résolution 2321 du Conseil de sécurité des Nations unies », a insisté Pékin. Adoptée le 30 novembre, celle-ci resserre l’étau des sanctions internationales contre Pyongyang en raison de son programme nucléaire.

La résolution plafonne notamment les ventes nord-coréennes de charbon à 400,9 millions de dollars (ou 7,5 millions de tonnes) par an à partir de 2017, une réduction de 62 % par rapport à 2015.