Des arbres fruitiers et des végétaux plantés dans un sol travaillé selon des principes inspirés de la permaculture. | LE MONDE

Le photographe et documentariste Yann Arthus-Bertrand a récemment inauguré, dans le bois de Boulogne, à Paris, le domaine qui abrite GoodPlanet, la fondation qu’il anime. François Hollande, pour la dernière sortie officielle de son quinquennat, et Anne Hidalgo, la maire de Paris, étaient de la fête, le 13 mai. Leur hôte, on s’en souvient, a connu un succès planétaire avec la publication de son ouvrage La Terre vue du ciel (en 1999) et est devenu depuis un chantre de l’« écologie humaniste ».

Installée dans le domaine de Longchamp grâce à une concession attribuée par la Ville de Paris, la Fondation GoodPlanet y avait été précédée par le WWF, l’ONG de défense de la faune et de la nature. Le lieu est lui-même chargé d’Histoire : s’y sont succédé une abbaye sous Saint Louis, une ferme, puis la propriété du baron Haussmann, avant d’être celle du célèbre parfumeur – aux sympathies fascistes – François Coty. Après la guerre, c’est le Centre international de l’enfance qui occupera les lieux, avant une longue période d’abandon.

Une tour médiévale, crénelée à l’époque d’Haussmann, dans son environnement végétal actuel. | LE MONDE

Emploi de matériaux « propres »

L’histoire de ces strates successives n’est pas étrangère à la manière dont les paysagistes de l’agence Coloco, retenue pour le projet, ont conçu leur travail de réhabilitation, qui se veut à la fois respectueux du passé agricole et patrimonial du lieu et exemplaire en termes de développement durable. Première contrainte, et de taille : fondre dans un environnement boisé un espace festif dévolu à une entreprise d’« événementiel », partenaire économique de la fondation. L’emploi de matériaux « propres » (principalement du bois) et un travail fin de taille d’éclaircissement et de développement de la végétation existante sont pour beaucoup dans la réussite de cette partie privatisable du domaine.

Au centre de celui-ci, le château construit pour Coty (un pastiche du XVIIIe siècle) et entièrement réaménagé, abrite, entre autres, l’exposition permanente « Human », un dispositif spectaculaire qui présente les enregistrements effectués pour la réalisation du film de Yann Arthus-Bertrand.

Mais l’un des aspects les plus stimulants de l’entreprise est la réhabilitation de l’ensemble des espaces arborés, paysagers et aquatiques (le domaine est entouré de circulations d’eau reliées aux lacs du bois de Boulogne). Formé au contact du « jardinier planétaire » Gilles Clément, le paysagiste Nicolas Bonnenfant, de l’agence Coloco, livre les grandes lignes de son travail : « L’artiste-jardinier accompagne les dynamiques naturelles et les renforce par des plantations pour diversifier les lisières, les sous-bois et les berges. Les ifs et les buis patrimoniaux sont taillés comme des sculptures pour mettre en valeur leur port et leur architecture. »

Plantations au bord d’une circulation d’eau. | LE MONDE

Hôtels à insectes et abri à hérissons

Mais si l’esthétique est essentielle, elle partage la primauté avec la fonction pédagogique et éducative des installations végétales et agricoles. Le jardin nourricier est travaillé, par des professionnels et des bénévoles, selon des méthodes inspirées de la permaculture, c’est-à-dire en cherchant l’autosuffisance et en symbiose avec la faune et la flore environnantes. Ainsi de la « culture en lasagnes » : par exemple du carton (un aliment de choix pour les vers), de la terre végétale et du compost organique produit sur place, des fauches d’orties (riches en sels minéraux), du mulch (produit à base de résidus de bois broyé), un paillis pour maintenir l’humidité (et ainsi limiter les arrosages)…

Ce tas de bois est un abri spécialement conçu pour les hérissons. | LE MONDE

Pas d’engrais chimiques, donc, et pas de produits phytosanitaires, bien sûr, mais des abris pour les auxiliaires comme les forficules (ou perce-oreilles), grands amateurs de pucerons. Et une large palette végétale (permise par la récupération de plantes de l’exposition de l’Institut du monde arabe « Jardins d’Orient » ou le mécénat d’une grande enseigne jardinière) qui constitue déjà une barrière pour la propagation des maladies.

Les paysagistes résument ainsi leur travail : « Créer un jardin vivant et pédagogique, où l’on vient découvrir la fabuleuse richesse du vivant et le faire ensemble en apprenant les gestes du jardinier. » Cette richesse du vivant est favorisée par les nombreux hôtels à insectes, abris et nichoirs à oiseaux, l’abri à hérissons ou les ruches de démonstration disséminés sur l’ensemble du domaine. Il s’agit là d’un jardin ludique et didactique pour les jeunes visiteurs (et leurs parents citadins), mais également d’un « jardin comestible », qui devrait, à terme, fournir l’atelier culinaire prévu par les concepteurs de la fondation.

Fondation GoodPlanet - Domaine de Longchamp, 1, carrefour de Longchamp, bois de Boulogne, Paris (16e). Ouvert au public du mercredi au dimanche, de 12 heures (11 heures le week-end) à 19 heures. www.goodplanet.org