Photo de la promotion 1878 de l'Ecole normale supérieure, dont firent partie Henri Bergson (1er à gauche, debout), Jean Jaurès (2e à droite, assis, barbu, bras croisés) et Emile Durkheim (non identifié), à Strasbourg. | - / AFP

Les bons élèves qui finissent par intégrer l’Ecole normale supérieure (ENS) réussissent doublement : pendant l’année et à la sortie. Sitôt entrés à Normale, ils seront rémunérés, et les débouchés professionnels à l’issue de cette école sont nombreux et variés : cela va de l’enseignement à la recherche, en passant par la fonction publique, et toutes sortes de passerelles vers le privé. Mais quid de la grande majorité des « khâgneux », ceux qui n’« intègrent » pas ? Quel avenir pour ceux qui ne veulent pas être chercheurs ? Ils vont devoir trouver ailleurs que dans le pur académisme enseigné en classes préparatoires des ressources pour réussir dans l’après-prépa (la vie, quoi).

La question est alors : hors ENS, point de salut ? Un faible niveau en prépa va-t-il peser sur la suite de votre parcours ? Eh bien non. Sinon, il y aurait beaucoup moins de candidats à l’entrée en prépa et seulement un tout petit nombre d’élèves d’hypokhâgne obtiendraient de passer en khâgne, la deuxième année de prépa littéraire.

Apologie de la médiocrité

Il faut savoir, et accepter, que la plupart des khâgneux ont de mauvaises notes, parce qu’il n’y a pas de note minimale dans un système de notation type concours. A ma première dissert de lettres en hypokhâgne, j’ai eu 5 –– (oui, avec deux moins après le 5, soit l’inverse d’un A ++). La prof a eu pitié de moi, et ne voulait pas descendre en dessous de 5. Ma vraie note : probablement un 3. Il n’empêche, à la fin de la khâgne, j’ai réussi à dépasser la barre des 15, comme quoi l’apprentissage par l’erreur, ça fonctionne. Parfois, c’est le format d’une épreuve qui pose problème, et pas les compétences en elles-mêmes. Certains élèves excellent quand ils ont suffisamment de temps pour peaufiner leur travail, comme mon amie qui avait 18 en devoir maison, 6 en devoir sur table, parce qu’elle ne finissait pas ses copies en temps limité.

Des attendus bien particuliers

En prépa, les épreuves ne sont pas des plus modernes, et les qualités demandées non plus : concentration, qualité de l’énonciation, capacité à travailler seul, à approfondir savoirs et recherches. En revanche, les élèves sont peu encouragés à être concis, à travailler en groupe ou à pratiquer les langues vivantes. C’est pourtant nécessaire dans la plupart des autres cursus, et sûrement très utile une fois entré dans la vie active ! Il faut juste se faire à l’idée que ce ne sera pas valorisé en classe prépa. En anglais, par exemple, l’épreuve au concours est une version, c’est-à-dire la traduction d’un texte de l’anglais vers le français, et un commentaire littéraire. Oubliez l’excuse de « je regarde des séries pour apprendre l’anglais », ça ne fonctionnera plus… vous pouvez en revanche dès à présent commencer à apprendre le nom de tous les arbres dans la langue de Shakespeare.

Idem pour la personnalité : personne n’attend de vous que vous soyez créatif et enthousiaste en khâgne. Cela peut vous permettre de sauver la face, notamment pour les colles (examens oraux individuels), mais sans pour autant booster vos résultats. Je me souviens d’une colle de grec que je devais préparer en une heure sans dictionnaire. Le but de l’exercice est de traduire le texte en grec ancien puis de le commenter. J’étais vraiment nulle en grec, mais j’ai joué le jeu. J’ai traduit tout le paragraphe avec entrain. Ma traduction devenait crédible. Le professeur était hilare : j’étais à côté de la plaque, j’allais avoir 6, mais j’avais essayé de construire quelque chose de cohérent, et il a reconnu ma piètre tentative à sa juste valeur : je n’ai jamais su ma note, mais il n’a pas été cassant comme il savait l’être parfois. Bref : un échec en khâgne reste un échec en khâgne, et pas un jugement sur l’ensemble de vos capacités personnelles — qui, elles, n’auront pas été évaluées en tant que telles au cours de ces deux ans. Sinon, j’aurais eu au-dessus de la moyenne à cette colle (au moins pour l’aspect clownesque de ma performance).

Le prestige de la khâgne

Indépendamment des résultats en prépa et au concours de l’ENS, être passé par une prépa sera toujours un gage de qualité pour un recruteur français. Ça montre que vous avez le goût de l’effort, que vous êtes curieux, et tant d’autres punchlines pour lettres de motivation.

Si vous ne pensez pas encore CV, et ne voulez pas passer d’agrégation ni intégrer l’ENS, rassurez-vous : le principal est d’obtenir, à l’issue de votre khâgne, vos ECTS (European Credits Transfer Scale) pour pouvoir passer en fac à la fin de la prépa. Pour le reste, profitez de ces années pour amasser des connaissances, et sachez que vous serez les mieux armés pour la licence 3 qui vous attend à la sortie. Vous aurez en effet acquis d’importantes compétences : concentration, qualité de l’énonciation, capacité à travailler seul, à approfondir ses recherches (oui, celles, peu modernes mais fort utiles, énoncées plus haut).

Quand bien même vous changeriez de voie, ces acquis pourront vous aider. A savoir qu’après la khâgne, tout existe : ceux qui cubent, c’est-à-dire redoublent leur khâgne, mais aussi des optionnaires de géographie qui se tournent vers l’art dramatique, des spé anglais qui partent en école de commerce ou recommencent un cursus en bac + 1 dans une université anglaise, le tout, sans renier leurs années de prépa… De mon côté, j’ai fait une licence au nom très compliqué à l’université à Lille, tout en préparant les concours des écoles de journalisme. Et je vous assure que tout est plus simple quand on a survécu aux disserts de philosophie de six heures, surtout qu’à la fac, les épreuves durent rarement plus de deux heures… Et je suis très heureuse de pouvoir annoncer que j’ai été admise à Sciences Po à la rentrée prochaine !

Si, pour ma part, je ne regrette pas ces deux années de prépa, on peut s’interroger sur la véritable plus-value de la prépa, comparée à d’autres formations intellectuelles, au-delà du mythe et du prestige qui l’entourent. La prépa se revendique d’une tradition d’enseignement d’excellence, reléguant les autres au statut d’études par défaut : est-ce toujours d’actualité ? Ce sera le sujet de ma prochaine chronique.

Revoici les précédentes chroniques de Julia Benarrous sur les classes prépa :

Bac 2017 : « Le Monde Campus » accompagne les lycéens jusqu’aux résultats

« Le Monde Campus » accompagne les candidats au bac 2017, jusqu’aux résultats, le 5 juillet. Durant l’examen, nous avons publié chaque jour les sujets des différentes épreuves et leurs corrigés en vidéos, en partenariat avec Les Bons Profs.

Après le « live » de révisions à J-15, et le direct du premier jour du bac, jeudi 15 juin, nous vous donnons rendez-vous pour une journée spéciale des résultats du bac, mercredi 5 juillet.

Voici quelques incontournables à lire pour cette session 2017. Retour sur les sujets de philosophie, leur analyse par une professeure, ainsi que leurs corrigés vidéo, les sujets complets du bac français, les corrigés vidéo, ainsi que notre reportage à l’entrée et à la sortie du premier jour d’épreuve. Depuis, nous avons notamment évoqué le fait que les candidats au bac techno ont planché sur des sujets de secours en philosophie, que les élèves de la même filière ayant choisi l’espagnol LV1 devaient repasser cette épreuve vendredi 23 juin, et que ceux passant le bac STMG verront la notation de l’épreuve d’économie-droit modifiée après la diffusion d’un de ses exercices la veille. Et nous avons aussi évoqué des pétitions contre les sujets d’histoire-géo du bac général et contre ceux d’anglais du bac technologique.

Pour ne rien manquer, rendez-vous sur la page www.lemonde.fr/bac, et sur la page Facebook « Le Monde Campus ».