Située à l’ouest de Berlin, la station d’écoute de Teufelsberg a ouvert en 1963 pour capter les ondes électromagnétiques venues de RDA et d’URSS. | Ullstein Bild/Getty Images

Sur la « Montagne du Diable », à l’ouest de Berlin, des lambeaux de tissu claquent au gré du vent. Des murmures résonnent sous l’arc des trois coupoles électriques, comme si les voix de la Russie étaient restées coincées là. « De cette dernière colline avant Moscou, on pouvait entendre Brejnev se laver les dents… », témoigne un ancien capitaine de l’armée américaine dans le documentaire sonore d’Olivier Toulemonde sur l’Observatoire de Teufelsberg (Teufelsberg, la grande oreille, sur Arte Radio en 2013). C’est ici, au sommet de cette montagne artificielle construite à partir de débris récupérés après les bombardements de la seconde guerre mondiale, que la NSA (l’Agence nationale de sécurité) a ouvert en 1963 la station d’écoute surnommée « La grande oreille ». Pendant vingt ans, jusqu’à la chute du mur de Berlin en 1989, les Anglo-Saxons y ont capté les ondes électromagnétiques venues de RDA, mais aussi d’URSS.

Aujourd’hui, l’endroit, abandonné, semble sorti d’un film de science-fiction. Seules demeurent les boules géodésiques servant à cacher l’orientation des antennes. La vue panoramique sur Berlin y est très belle, particulièrement au coucher du soleil. Depuis la fermeture du site en 1992, les projets de réhabilitation échouent un à un. Un rêve immobilier d’hôtels 5-étoiles a avorté. En 2007, le réalisateur David Lynch a tenté de racheter ce fantôme de la guerre froide pour y installer… une université de méditation transcendantale. Mais la Ville de Berlin a refusé. Les vétérans de l’armée américaine voudraient en faire un musée de l’espionnage. En attendant, l’art a pris le pas sur le reste. En quelques années, la ruine est devenue un lieu prisé des graffeurs (et squatteurs), une galerie à ciel ouvert. C’est ainsi, sans doute, que l’Histoire a décidé de tourner la page.

Y aller

Depuis Berlin : prendre le train express régional S-Bahn et descendre à la station Heerstrasse. En sortant de la gare, emprunter la Teufelsseestrasse, ancienne route goudronnée qui s’enfonce dans la forêt. marcher trente minutes pour accéder au site.
Tarif : 8 € la visite simple. 15 € la visite guidée (possible en anglais sur demande). Ouvert de 10 h à 20 h. www.teufelsberg-berlin.de