LES CHOIX DE LA MATINALE

Nos critiques ont adoré « True Detective » et « I’m Dying Up Here » ; un peu moins « Gypsy ».

« True Detective », saison 1 : sombre et fascinant

True Detective Season 1: Trailer #4 - Changes (HBO)

Alors que prend forme une saison 3 de l’anthologie True Detective – l’écriture en serait presque finalisée, et l’acteur Mahershala Ali, oscarisé pour son rôle dans Moonlight, y tiendra le premier rôle –, la saison 1 est disponible sur la chaîne OCS Go du bouquet d’Orange.

Coup de maître du créateur américain Nic Pizzolatto, True Detective, dans ce premier volet, met en scène deux anciens flics que l’on interroge sur la façon dont ils ont mené leur enquête, dix-sept ans plus tôt, en 1995, sur le meurtre d’une jeune fille. L’affaire avait été classée, mais un nouvel assassinat, au décorum rituel ou satanique aussi étrange qu’en 1995, amène à rouvrir le dossier.

Deux lignes temporelles vont s’enlacer : celle de 2012, autour de leur témoignage et de la recherche d’un suspect commun aux deux époques, et celle de 1995, qui retrace leur rencontre et l’évolution de leurs rapports à l’époque, cuir contre cuir dans leur voiture de police, sachant qu’à peu près tout les opposait.

Autrement dit, un schéma hyperclassique, vu et revu cent fois. Mais un tour de force, sur la forme comme sur le fond, tant ce couple professionnel s’avère fascinant, entre Rust Cohle (Matthew McConaughey), ancien agent infiltré des stups « revenu de tout » et tout nouvellement arrivé en Louisiane, et Marty Hart (Woody Harrelson), homme de terrain du coin, pragmatique, embourbé dans la « vraie vie », dont sa vie de couple.

Tout cela dans un décor de Louisiane oppressant jusqu’à en paraître irréel, grâce à l’immense talent du réalisateur Cary Joji Fukunaga, couronné par un Emmy Award à ce titre. Martine Delahaye

True Detective, saison 1, série créée par Nic Pizzolatto. Avec Matthew McConaughey, Woody Harrelson, Michelle Monaghan (EU, 2014, 8 × 55 min). A la demande sur OCS Go pendant trois mois.

« I’m Dying Up Here », à l’épreuve du stand-up

I'M DYING UP HERE Official Trailer (HD) Melissa Leo Comedy Series

Sur la scène du phalanstère nocturne qu’est Goldie’s, « le » club de comédie de Los Angeles tenu d’une main de fer par Goldie Herschlag (merveilleusement interprétée par Melissa Leo, l’inquiétante infirmière de Wayward Pines), une joyeuse bande de téméraires plus ou moins madrés viennent essayer, sans cachet, leurs numéros. D’abord au sous-sol, sur la « scène libre », pour peut-être terminer, via l’estrade principale et le verdict du public, dans l’émission de télévision de Johnny Carson – qui fit connaître notamment la regrettée Joan Rivers.

Nous sommes en 1973, époque qu’a choisie Dave Flebotte pour I’m Dying Up Here, la série qu’il a créée pour Showtime et que diffuse, avec un délai de 48 heures, Canal+ Séries. Ce joli portrait d’un métier redoutable, le stand-up, est empreint d’un ton doux-amer, parfois acide, voire tragique (le premier épisode met en scène un probable suicide). Mais souvent hilarant, grâce aux blagues permanentes des comédiens, entre eux et sur scène. Au vu de ses sept premiers épisodes (sur dix), I’m Dying Up Here s’impose déjà comme une heureuse réussite. Renaud Machart

I’m Dying Up Here, série créée par Dave Flebotte. Avec Melissa Leo, Ari Graynor, Andrew Santino, Stephen Guarino, Michael Angarano, Clark Duke, Erik Griffin, RJ Cyler, Jake Lacy (EU, 2017, 10 x 42 min) Canal+ Séries à la demande.

« Gypsy », la dérive érotique d’une psy

GYPSY Trailer (2017) Naomi Watts, Netflix New TV Series

Les Soprano (1999-2007), State of Mind (2007), BeTipul (2005-2008) et In Treatment (En analyse, 2008-2010), le remake nord-américain de BeTipul, mettaient au centre de leur propos la relation intime et pourtant hautement balisée qui lie l’analyste et son patient ainsi que les échanges de praticiens avec d’autres de leurs collègues, chargés de superviser leur travail.

Si Paul Weston, l’analyste d’In Treatment, affrontait ses propres inclinations à franchir la ligne éthique, Jean Holloway (interprétée par Naomi Watts), dans Gypsy (2017), de Lisa ­Rubin, nie l’évidence alors qu’elle l’a largement dépassée. Au risque de se perdre dans un embrouillamini dont sa pratique professionnelle et sa vie personnelle ne sortiront pas indemnes. La thématique de Gypsy était prometteuse mais trop de facilités et d’images teintées d’un érotisme de pacotille en font un thriller psychologique raté. R. Ma.

Gypsy, série créée par Lisa Rubin. Avec Naomi Watts, Billy Crudup, Sophie Cookson, Karl Glusman, Poorna Jagannathan, Brooke Bloom, Lucy Boynton, (EU, 2017, 10 × 50 min).