Son Gokû dans « Dragon Ball FighterZ », le jeu vidéo adapté de « Dragon Ball Z » le plus attendu depuis des années. / BANDAI NAMCO

C’est un Genki-dama de préréservations. Mardi 22 août, sur Amazon.fr, les ventes de la version PlayStation 4 de Dragon Ball FighterZ (DBZ) ont bondi en vingt-quatre heures de 1 487 %, passant de la 254e à la 16e place du classement des jeux les plus achetés. Une performance d’autant plus impressionnante qu’à l’exception de l’édition collector du futur jeu de rôle Ni no Kuni 2, tous les autres titres du top 20 sont soit déjà sortis, soit prévus avant la fin 2017.

Dragon Ball FighterZ - PS4/XB1/PC - The androids are back (Gamescom English Trailer)

Pour connaître un tel bond, il a suffi d’une nouvelle bande-annonce spectaculaire, diffusée lundi 21 août à l’occasion de la Gamescom de Cologne, le plus grand salon annuel de jeu vidéo, assortie de l’annonce de deux nouveaux combattants, les cyborgs C16 et C17, et d’un mois de sortie, février 2018.

Mais ce n’est pas tout à fait une surprise. Au salon mondial de l’E3, à Los Angeles, en juin, il avait déjà enchaîné les distinctions – plus d’une vingtaine de récompenses, dont celle du meilleur jeu toutes catégories, pour le site GameSpot. Pixels en avait également fait un de ses chouchous de l’événement.

Plus qu’un énième jeu de combat

Pour un observateur, difficile, sans doute, de comprendre l’enthousiasme suscité par cet énième jeu de combat consacré à l’univers d’Akira Toriyama. Ceux-ci existent depuis le très mignon Gekitô Tenkaichi Budokai sur NES en 1992 (inédit en France), et c’est peu dire qu’elles n’ont rien de rare : en 2015, on en dénombrait déjà soixante et un, sur un total de cent quinze adaptations vidéoludiques. Alors, pourquoi tant d’emballement ?

Datach - Dragon Ball Z - Gekitou Tenkaichi Budou Kai (J)

Première raison : Dragon Ball FighterZ revient à un registre abandonné depuis plus de quinze ans sur consoles de salon, les combats en deux dimensions. Depuis 2002, en effet, les amateurs des aventures de Son Gokû ont surtout eu à faire à la série des Budokai puis des Tenkaichi, des jeux d’affrontement extrêmement spectaculaires et dynamiques, mais en 3D libre.

Du fait de la taille importante des arènes et des libertés de mouvements importants, chassés-croisés aériens et téléportations à gogo y diluaient l’intensité des mano a mano. Et à force de nouveaux épisodes, personnages secondaires de plus en plus mineurs et scénarios alternatifs anecdotiques éloignaient les jeux des sommets dramatiques de la série animée. Quoique divertissants, le très récent Dragon Ball Xenoverse illustre bien la tendance de la série à glisser progressivement vers des cadavres exquis de combinaisons loufoques pour fans, et à s’éloigner de l’œuvre originale.

Dragon Ball XENOVERSE 2 - Anime Expo Trailer | PS4, X1, Steam

Renouer avec les codes du dessin animé

Avec Dragon Ball FighterZ, l’entreprise Bandai Namco Games renoue avec le concept des premiers jeux de combat en 2D, les Butôden, et plus particulièrement de Dragon Ball Z : l’ultime menace, l’un des premiers à avoir vu le jour en France. C’était sur Super Nintendo, en 1994. Affrontements frontaux, effets spéciaux spectaculaires et mise en scène astucieuse : en dépit des capacités alors limitées, le joueur des années 1990 découvrait l’impression de jouer à sa série préférée, quelques mois avant qu’Akira Toriyama ne lui mette un terme, en 1995.

Snes Longplay [029] DRAGON BALL Z - Ultimate Menace

En revenant à cette recette, Bandai Namco revient aux sources de DBZ. Après tout, les jeux vidéo en 2D sont constitués de dessins qui s’enchaînent, comme leurs cousines les séries animées. A la différence qu’en 2017, les développeurs n’ont plus à composer avec les restrictions techniques des consoles d’antan. Prévu sur PlayStation 4 et Xbox One, Dragon Ball Z puise dans tout un répertoire de techniques et de ressources – cel shading pour l’effet « dessiné » ; 60 Hz pour la fluidité de l’animation ; haute définition pour la résolution – qui font du jeu vidéo un objet télévisuel qui se rapproche du dessin animé.

L’autre pièce maîtresse de Dragon Ball FighterZ, c’est le studio qui se charge de sa conception, Arc System Works. Cette entreprise japonaise méconnue du grand public bénéficie d’une respectabilité intouchable auprès des férus de jeux de combat 2D, en raison de sa série phare, Guilty Gears.

Guilty Gear Xrd -REVELATOR- Official Trailer

La touche Arc System Works

Née en 1998, en plein déclin du genre, Guilty Gears s’est imposée en quelques années comme sa nouvelle vitrine, perfectionniste, décomplexée et excentrique. Recherché des puristes, chacun de ces épisodes impressionne par ses décors inventifs et fouillés, ses animations excentriques, ses affrontements dantesques et sa bande-son endiablée – quand ils n’hésitent pas, au passage, à emprunter ouvertement au registre du dessin animé.

Arc System Works apporte à Dragon Ball FighterZ ce surplus d’électricité que la série avait fini par perdre. Le système de combat, en trois contre trois avec des combattants qui rentrent ou sortent de l’écran et des inserts en gros plan, contribue encore un peu plus à dynamiser l’action, pour se rapprocher d’un dessin animé interactif.

DragonBall Fighter Z 3v3 Gameplay - Cell, Goku, Buu, Gohan, Vegeta, Frieza

Pour l’instant, Bandai Namco se contente d’annoncer au compte-gouttes le casting de combattants célèbres. Un sens de l’économie et du suspense qui ravit les sites spécialisés, même si l’expérience laisse deviner que, comme ses nombreux prédécesseurs, cette nouvelle génération de jeux de combat aura à son tour des suites, qui à leur tour, auront loisir d’enrichir le concept de combattants supplémentaires de plus en plus anecdotiques.

Une surenchère à laquelle les fans de DBZ sont préparés, eux qui reviennent de l’enfer. Il y a huit ans, la PlayStation portable accueillait Dragon Ball Evolution, adaptation en 3D, poussive et gênante, d’un film en prise réelle que même Akira Toriyama lui-même a déjugé.

Dragonball Evolution - PSP Gameplay 1080p (PPSSPP)