C’est la rentrée des classes en Afrique francophone et elle offre bien des similitudes avec la rentrée française. Jules Ferry avait voulu de longues vacances d’été pour que les enfants puissent faire les moissons et les vendanges sans qu’on envoie les gendarmes faire respecter l’obligation scolaire. Jusqu’en 1958, les grandes vacances, si bien nommées, s’étalaient en France du 1er juillet au 1er octobre et, en Afrique subsaharienne, malgré un calendrier agricole bien différent, on a longtemps conservé la tradition du trimestre vacancier. Petite révolution, le Bénin a avancé sa rentrée au 18 septembre sans trop de protestation.

La rentrée universitaire africaine, mieux vaut ne pas trop l’évoquer, tant elle prend du retard chaque année. D’ailleurs, en France aussi, avant 1968, les cours à La Sorbonne reprenaient début novembre et un certain Léopold Sédar Senghor, las d’attendre les feuilles mortes, demanda au proviseur de Louis Le Grand de l’accepter en hypokhâgne, ce qu’il fit bien volontiers. Il reçut ainsi rue Saint-Jacques deux futurs présidents, Senghor et Pompidou.

Les journées de travail trop longues et les années scolaires trop courtes, cela existe, sous les tropiques comme près du 45e parallèle. L’école africaine commence souvent à 7 heures du matin pour se terminer à 17 heures ou 18 heures avec une pause de 12 heures à 15 heures, autant dire un temps perdu considérable car, faute de vélo et de bus scolaire, des bataillons de jeunes uniformes parcourent à pied le trajet vers et depuis le domicile. Si la « petite reine » avait envahi l’Afrique comme la Chine, le continent aurait plus de temps libre ou d’étude. Le système de la double vacation (une moitié des élèves le matin, l’autre moitié l’après-midi) est un remède partiel, au manque de deux-roues.

Baby-boom permanent

Les statistiques sont souvent absurdes, les gouvernants diffusant un « taux brut de scolarisation » parfois supérieur à 100 %, car il englobe des jeunes scolarisés au-delà de l’âge habituel. Mais la France n’a pas de leçons de statistiques scolaires à donner à l’Afrique à cause de ses bacheliers reçus avec 21/20 de moyenne…

Les effectifs croissants posent des problèmes de part et d’autre de la Méditerranée. La France se plaint du baby-boom de l’an 2000 qui augmente de 2 % le nombre d’étudiants. Mais, en Afrique subsaharienne, le baby-boom est permanent et le nombre de jeunes excède les emplois disponibles dans une proportion croissante : le taux de chômage augmente parfois avec le nombre d’années d’études et, comme en France, certaines filières telles le droit sont saturées et d’autres, telles la médecine, connaissent un pourcentage d’échec considérable.

Certains dirigeants africains se demandent même s’il ne faut pas limiter la population étudiante, fréquemment contestataire et rarement employable, tant l’écart est grand entre les compétences recherchées et le savoir-faire affiché. Là où l’on demande des techniciens du bâtiment, de l’électricité ou de la maintenance, le système scolaire fabrique des diplômés généralistes inspirés du modèle français. Là encore plane l’ombre de Jules Ferry grand éducateur et colonisateur pour le meilleur et le pire de la France et de l’Afrique.

Odon Vallet est écrivain et enseignant, docteur en droit et en science des religions. Administrateur de la société des lecteurs du « Monde », il dirige la Fondation Vallet qui, depuis 2003, a remis près de 12 000 bourses à des étudiants béninois.