Un mois et demi après une action à la centrale nucléaire de Cattenom (Moselle), des militants de Greenpeace se sont introduits dans celle de Cruas-Meysse (Ardèche) pour « alerter » les autorités sur la « vulnérabilité » des piscines où sont entreposés les combustibles usagés.

L’action a commencé vers 6 h 20 et s’est terminée environ deux heures plus tard. Cette centrale exploitée par EDF, qui borde le Rhône, se situe à une quinzaine de kilomètres au nord de Montélimar (Drôme) et est constituée de quatre réacteurs à eau sous pression. Vingt-deux militants antinucléaire l’ont investie en trois lieux différents, un premier groupe allant à la rencontre des gendarmes pour « expliquer » leur action, selon Greenpeace. Un autre s’est dirigé vers un bâtiment « accolé » à l’un des réacteurs de la centrale pour l’escalader ou y laisser des empreintes de mains à la peinture afin de « démontrer son accessibilité ».

Enfin, quatre militants se sont suspendus à un bâtiment abritant une piscine de combustibles usagés et ont allumé des fumigènes, d’après des vidéos diffusées par Greenpeace. « Certains se sont effectivement attachés à un des bâtiments, il y a eu un petit feu d’artifice. L’action est désormais terminée et 22 personnes ont été interpellées ; une enquête judiciaire est en cours », a annoncé la préfecture de l’Ardèche.

L’Autorité de la sûreté nucléaire (ASN), organisme indépendant, et EDF ont assuré que cette intrusion n’avait « aucun impact sur la sûreté » des installations, en précisant que « les intrus [étaie]nt restés en dehors de la zone nucléaire ». Comme à chaque action de ce type, EDF va porter plainte et a condamné « des actions violentes d’un mouvement multipliant les illégalités ».

« Failles de sécurité »

« Nous voulons pointer du doigt les failles de sécurité des piscines d’entreposage du combustible usé, qui sont conçues comme des bâtiments classiques avec une faible résistance. Il suffirait de faire un trou pour avoir un feu de combustibles », a justifié Yannick Rousselet, chargé de campagne nucléaire de l’ONG, en rappelant le risque terroriste en France. Selon lui, « l’ASN a confirmé que les piscines d’entreposage du combustible usé sont un vrai problème mais elle a rappelé qu’elle n’était pas compétente sur les questions de sécurité ».

Les actes de « malveillance » touchant aux centrales relèvent en effet du haut fonctionnaire de défense et de sécurité (HFDS) rattaché au ministère de la transition écologique et solidaire. Mais pour l’ONG, « EDF a les mains libres sur le sujet et continue de nous enfumer en prétendant que la sécurité de ces installations est assurée ».

Le 10 octobre, Greenpeace avait dévoilé un rapport d’experts critiquant la capacité de résistance des bâtiments abritant les piscines d’entreposage, qui peuvent contenir plus de combustibles que les cœurs des réacteurs mais ne sont pas protégées comme ceux-là par des enceintes renforcées, ce qui les expose davantage au risque d’attaques extérieures, selon l’ONG. Dans la foulée, des militants s’étaient introduits sur le site de la centrale de Cattenom (Moselle). Le directeur général de Greenpeace France et huit militants comparaîtront le 3 janvier devant le tribunal correctionnel de Thionville pour ces faits. Poursuivis pour « intrusion en réunion et avec dégradation dans l’enceinte d’une installation civile abritant des matières nucléaires », ils encourent cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende.

La France compte 63 piscines de ce type dans ses centrales en activité, ainsi que dans l’usine de retraitement de La Hague (Manche) et sur le site de Creys-Malville (Isère).