Les fonctionnaires béninois observaient un mouvement de grève bien suivi, mercredi 17 janvier, à l’appel des sept centrales syndicales du pays, pour demander l’abrogation d’une loi supprimant le droit de grève dans plusieurs secteurs, dont la justice et la santé. Cette grève générale, entamée la veille, doit se poursuivre jusqu’à jeudi.

La plupart des tribunaux, des cours de justice et des établissements scolaires de Cotonou visités par l’AFP étaient déserts mercredi, tout comme l’école primaire publique de Gbégamey, où seuls deux gardiens occupaient leur poste. Le mouvement était plus diversement suivi dans les centres de santé de la capitale économique. Si très peu d’agents étaient présents à l’Hôpital de la mère et de l’enfant, la mobilisation était moins perceptible au CHU Hubert-Maga, plus grand hôpital du pays.

Dans les administrations et les institutions judiciaires, le gouvernement a procédé à des réquisitions pour obliger des agents à venir travailler, certains ministères ayant publié la liste des réquisitionnés par voie de presse. Interrogé par l’AFP, Anselme Amoussou, secrétaire général de la Confédération des syndicats autonomes, l’une des plus importantes centrales syndicales, s’est dit « satisfait » de la mobilisation. « Les réquisitions n’ont pas porté », a-t-il assuré.

Réformes libérales

Le Parlement béninois a voté le 28 décembre 2017 une loi controversée qui prive du droit de grève militaires, gendarmes, policiers, personnels de la santé et de la justice. Elle doit encore être validée par la Cour constitutionnelle. « La Cour constitutionnelle doit aider à sauver les travailleurs contre cette loi liberticide », a déclaré à l’AFP Kuassi Cakpo Béssé, responsable d’un syndicat judiciaire. « Si la Cour valide, nous serons en mesure de violer sa décision. Nous n’allons reculer devant aucune mesure de lutte pour conserver le droit de grève », a-t-il asséné.

La loi a été défendue début janvier par le président, Patrice Talon, évoquant des « choix qui, quoique difficiles, sont nécessaires au redressement de notre pays ». « Il faut encore que l’Etat, dans son organisation, dans sa gestion, dans son administration et dans le comportement de ses agents, rende attrayant et compétitif notre environnement économique et social », a-t-il dit lors de la cérémonie des vœux aux présidents d’institutions et aux corps diplomatiques.

Le Bénin a connu ces derniers mois une série de mouvements sociaux pour protester contre la politique économique du président, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Patrice Talon, un ancien homme d’affaires qui a fait fortune dans le coton, a engagé le pays dans la voie des réformes libérales pour tenter de faire face au ralentissement de l’économie.