« Je préférerais donner au Secours populaire plutôt que de payer ma cotisation pour voter au congrès. » Cette phrase d’un ancien responsable de la campagne de François Hollande, encarté depuis dix-neuf ans, en dit long sur l’état de sidération dans lequel le Parti socialiste est plongé depuis la dernière élection présidentielle. Après le score historiquement bas de Benoît Hamon (6,3 %), éliminé dès le premier tour, et des élections législatives qui ont balayé le groupe majoritaire de l’époque pour ne laisser qu’une trentaine de députés, les socialistes s’apprêtent, dans la douleur, à départager jeudi 15 mars les quatre textes d’orientations, avant de choisir leur premier secrétaire le 29 mars.

Seuls les quatre candidats, Olivier Faure, Stéphane Le Foll, Luc Carvounas et Emmanuel Maurel, arrivent encore à être optimistes. « Je ne pense pas que l’on soit définitivement morts, sinon je ne me battrais pas pour la renaissance de ce parti », confie M. Faure, le favori. « Il faut être un peu fou pour se lancer dans cette aventure, mais cela montre que nous sommes tous attachés au Parti socialiste et que nous croyons encore en son avenir », assure M. Carvounas. « Sur le terrain, je vois de nombreux élus et militants. Ce parti est convalescent, mais il n’est pas subclaquant », surenchérit Emmanuel Maurel.

Pourtant, force est de constater que l’état des troupes est largement affaibli. Au dernier congrès de Poitiers, en 2015, pour l’élection de Jean-Christophe Cambadélis, 71 000 militants s’étaient déplacés. L’actuel coordinateur du parti, Rachid Temal, s’est fixé pour objectif 30 000 participants les 15 et 29 mars.

« C’est un congrès de survie », admet M. Maurel, seul représentant de l’aile gauche. Plus sévère, un cadre du parti lance, sous couvert d’anonymat : « En termes de casting et d’idées, c’est le congrès le plus pathétique que j’ai vu. » « Je ne cautionne pas ce congrès entre hommes », a dénoncé la députée des Deux-Sèvres Delphine Batho qui n’ira pas voter, comme un autre de ses collègues à l’Assemblée, Jérôme Lambert : « J’ai l’impression de vivre le dernier congrès de la SFIO à la fin des années 1960. Il nous manque un élément fédérateur tel que le fut François Mitterrand », explique l’élu de Charente.

Les candidats et leur entourage sont surtout préoccupés par des fraudes potentielles lors de ce scrutin, un refrain connu au Parti socialiste. « Si on donne un spectacle aussi lamentable de nous-mêmes, on n’aura plus qu’à plier les gaules », déplore déjà le député des Landes Boris Vallaud, soutien d’Olivier Faure. Le favori du scrutin a, le premier, alerté sur des risques de fichiers trop garnis dans la fédération des Bouches-du-Rhône, connue pour ses pratiques issues du système Guérini.

Méfiance

Une délégation composée de M. Temal et d’un représentant par candidat s’est rendue à Marseille le 9 mars pour établir les mesures inédites réservées à ce département. Les militants ne pourront régler leur cotisation 2018 que par chèque, et les adhérents des années 2015 et 2016 devront avoir obtenu un reçu fiscal pour pouvoir voter. « On a arrêté ce dispositif qui satisfait les quatre candidats », se félicite M. Temal, qui ne craint pas d’irrégularités : « Nous avons mis tous les processus en place. Un dispositif de remontées des résultats en temps réel ne permet plus de congrès de Reims », assure le coordinateur du mouvement, en référence à l’élection de Martine Aubry en 2008 face à Ségolène Royal, l’un des scrutins les plus contestés du parti. Malgré ces précautions, les candidats restent vigilants.

« On surveillera partout pour que le scrutin soit incontestable et incontesté », prévient M. Faure, qui a prévu avec son équipe d’effectuer ses propres remontées de votes. Même méfiance dans l’entourage de M. Le Foll : « On a demandé à voir les résultats de toutes les fédérations. Si jamais il y a des fraudes, c’est tout le PS qui va perdre. Ce serait catastrophique », s’inquiète l’une des proches du candidat. De son côté, M. Carvounas se veut confiant : « Ce serait de la pure folie de se prêter à ce genre de pratique. Personne n’y a intérêt. » Quant à Emmanuel Maurel, il s’approprie « ce bon vieux principe de Lénine : La confiance n’exclut pas le contrôle ».

Au-delà du congrès, certains s’inquiètent d’ores et déjà de la marge de manœuvre du prochain premier secrétaire. « Si le texte d’Olivier Faure obtient moins de 35 % jeudi soir, le parti sera ingouvernable », prédit un fin connaisseur du PS alors que le premier tour, qui porte sur les textes d’orientations, fixe définitivement les rapports de force dans toutes les instances du parti. « Si c’est Le Foll ou Maurel qui l’emporte, beaucoup partiront », prédit la même source. « Peu importe le vainqueur, il y a un risque d’hémorragie », confirme M. Carvounas. Une fuite de militants ou de cadres qui ne ferait que confirmer un mouvement lancé par les deux finalistes de la primaire de gauche de janvier 2017, Benoît Hamon, qui a fondé Génération.s, et Manuel Valls, qui a rejoint à l’Assemblée les bancs de La République en marche.