Le président de l’Assemblée de Corse Jean-Guy Talamoni, le 23 mai à Bastia. / PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP

Le torchon brûle entre les dirigeants nationalistes corses et Paris. Le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, a annoncé dimanche 24 juin qu’il refusait de rencontrer le premier ministre Edouard Philippe le 2 juillet en dénonçant le « mépris » du gouvernement. Cet entretien était censé conclure un cycle de réunions sur l’avenir de l’île.

« A défaut d’un signal fort, public - peu probable en l’état - indiquant que Paris entend rompre avec (sa) politique méprisante pour négocier loyalement avec la Corse, je ne me rendrai pas » à cette rencontre censée « conclure » ce cycle de réunions, écrit M. Talamoni dans une lettre au chef du gouvernement qu’il a publié sur Twitter.

« Ces derniers mois ont été l’occasion d’un terrible gâchis et d’un véritable déni de démocratie. Gâchis car tous les éléments étaient réunis dans l’île pour un règlement définitif de la question corse, avec notamment, en juin 2014, la décision du FLNC de sortie de la clandestinité », poursuit-il dans sa missive dénonçant « un faux dialogue ». Selon lui, les électeurs ont donné lors des élections territoriales fin 2017 « une majorité absolue à une liste se réclamant du mouvement national corse (mais) Paris n’a voulu en tenir aucun compte ».

« Étant l’un des responsables d’un petit pays (…) soumis jusqu’à aujourd’hui au dédain et à l’arbitraire, je n’ai que peu de moyens pour combattre l’injustice qui continue à être faite à mon peuple »

Passe d’armes avec Bruno Le Maire

M. Talamoni évoque également dans sa lettre sa rencontre début juin avec Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances qui a tourné court. Le dirigeant corse avait reproché à M. Le Maire de refuser de discuter de la mise en place « un statut fiscal et social » spécifique à la Corse.

« Quelques minutes seulement de réunion ont suffi à constater l’inutilité de cette nouvelle visite ministérielle », avait écrit l’élu indépendantiste dans un communiqué et sur son compte Twitter, ajoutant que « cette énième visite ne relevait pas d’une démarche sincère et constructive mais d’une nouvelle mise en scène médiatique visant à faire croire que Paris est attentif à la situation de la Corse ». Une déclaration qui n’est alors pas passée du côté de Bruno Le Maire :

« Je passe 45 minutes avec lui (M. Talamoni), nous avons une discussion constructive et à peine 30 minutes plus tard sur les réseaux sociaux on dit que c’est du trompe l’œil et que ça ne sert à rien, dans ce cas-là vous rentrez chez vous et je reste chez moi et personne n’ira nulle part. Il n’y a pas de place aujourd’hui dans la situation économique où je trouve la Corse pour le double jeu, pour le calcul politique. »