Nicolas Hulot annonce sa démission du gouvernement
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C’est un ouvrage au titre prémonitoire. En 1975, Robert Poujade, premier ministre de l’environnement (1971-1974), publie Le Ministère de l’impossible pour revenir sur son expérience, et évoque déjà « les capacités de blocage et la force d’inertie des administrations traditionnelles ». Plus de quarante après, les mots sont différents mais les reproches sont les mêmes lorsque Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire, annonce sa démission mardi 28 août sur France Inter.

« Je sais que seul je n’y arriverai pas. (…) J’ai un peu d’influence, je n’ai pas de pouvoir », a-t-il regretté, dénonçant « la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir » « C’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ? », s’est-il également interrogé. Comme MM. Poujade et Hulot, d’autres ministres de l’environnement ont déploré, au moment de quitter leur poste, le poids des lobbys et leur incapacité à mener des actions fortes. D’ailleurs, le turn-over est important au sein de ce ministère : treize ministres de l’écologie se sont succédé en vingt ans.

Corinne Lepage fut chargée de ce portefeuille de 1995 à 1997 dans le gouvernement d’Alain Juppé. Elle relate son expérience, en 1998, dans un livre intitulé On ne peut rien faire, Madame la ministre. Elle y dénonce l’influence des lobbys industriels, des chasseurs et des technocrates de la haute administration. « Le ministère de l’environnement est un ministère très difficile », rappelait Corinne Lepage dans une interview aux Echos en 2017.

« Il faut avoir une personnalité forte, car, si vous n’êtes pas en capacité de défendre vos dossiers, vous perdez tout. Tout simplement parce que vous vous heurtez à des intérêts économiques puissants et, surtout, vous vous heurtez à la dictature du court terme. »

Nicole Bricq, Delphine Batho...

Sous le quinquennat de François Hollande, le constat est le même. La première ministre de l’écologie, Nicole Bricq, ne reste à son poste qu’un mois en 2012. Ce qui lui coûte son ministère, c’est sa décision de geler les permis de forage pétroliers en Guyane et de réformer le code minier, alors que Shell prospecte au large du département français d’outre-mer.

La ministre espérait obtenir davantage de garanties environnementales et mettre en concurrence les compagnies pétrolières pour l’exploitation des gisements découverts. Soutenue par Arnaud Montebourg, alors ministre du redressement productif, Nicole Bricq avait fait part de ses intentions au premier ministre de l’époque, Jean-Marc Ayrault. Shell s’est alors employé à faire échouer les plans de la ministre.

Un mois après sa nomination, Mme Bricq est mutée au ministère du commerce extérieur et remplacée par Delphine Batho. Mais pour celle-ci aussi, l’aventure tourne court. La socialiste restera ministre de l’écologie à peine plus d’un an. Elle est débarquée pour avoir qualifié le budget 2014 de « mauvais » au cours d’un entretien sur RTL, car il prévoyait une baisse de 7 % des crédits du ministère de l’écologie.

Elle aussi est revenue sur son expérience de ministre dans un livre publié en 2014, Insoumise. Elle y dénonce le poids des lobbys en politique. « Les marges de manœuvre des ministres de l’écologie au sein de gouvernements qui ne le sont pas sont toujours limitées, se heurtent à des résistances, a-t-elle expliqué dans une interview au Monde. J’en sais quelque chose. »

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