L’ASEC Mimosas célèbre un but inscrit contre le club congolais de l’AS Vita , le 29 août 2018 à Abidjan. / ISSOUF SANOGO / AFP

Des trophées, l’ASEC Mimosas n’en manque pas. En soixante et onze ans, ce club de football d’Abidjan a ainsi remporté vingt-six fois le championnat ivoirien (notamment en 2018) et gagné une Ligue des champions, en 1998. Mais sa victoire peut-être la plus significative est honorifique. En 2012, il avait reçu le titre de meilleur club formateur au monde devant l’argentin Boca Juniors et le brésilien Flamengo. A l’époque, douze de ses anciens pensionnaires évoluaient dans les meilleures ligues européennes.

Avec un budget annuel de 3 millions d’euros et des salaires compris entre 300 et 1 000 euros par mois, l’ASEC Mimosas ne dispose pas des mêmes moyens que quelques-uns de ses adversaires continentaux, comme l’égyptien Al-Ahly ou certains clubs sud-africains, qui affichent des budgets à deux chiffres. Ou même que le Tout-Puissant Mazembe, en République démocratique du Congo, soutenu par l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, et le guinéen Horoya AC, appuyé par l’homme d’affaires Antonio Souaré.

Les Ivoiriens ont donc imaginé leur propre système économique. « Nous donnons la priorité à la formation », résume Benoît You, le directeur général de l’ASEC. De fait, la formation et la revente de joueurs sont les piliers sur lesquels repose le club depuis la création, en 1994, de l’Académie MimoSifcom. D’abord dirigée par l’ancien international français Jean-Marc Guillou, celle-ci est actuellement sous la responsabilité de son compatriote Pascal Théault et compte 48 pensionnaires âgés de 12 à 17 ans. Tous bénéficient d’un enseignement sportif et scolaire gratuit.

« Les enfants s’amusent ! »

Jean-Marc Guillou, parti en 2001 à la suite d’un conflit avec le président du club, était un adepte du beau jeu. Il imposait à ses joueurs de s’entraîner régulièrement pieds nus, afin d’améliorer le contact avec le ballon, ou d’affronter des adversaires plus âgés. « Cette méthode m’a beaucoup apporté. Quand on frappait le ballon pieds nus, on pouvait se faire mal. Guillou nous expliquait comment faire justement pour éviter les douleurs et nous apprenait donc à mieux apprivoiser le ballon », raconte Aruna Dindane, devenu depuis l’un des grands noms du football ivoirien.

« On défend toujours l’idée de bien jouer. Le slogan de l’ASEC, depuis sa création en 1947, est : “Les enfants s’amusent !” Mais nous formons des joueurs capables de connaître tous les systèmes de jeu », précise Benoît You. Des stars comme Gervinho, Romaric, Salomon Kalou ou encore les frères Kolo et Yaya Touré ont éclos ici dans les années 1990, avant de rejoindre l’Europe. « L’ASEC est un modèle au niveau de la formation. Quand j’ai intégré l’académie en 1995, le discours de Guillou m’avait étonné, reprend Aruna Dindane. Il nous disait ce qui allait se passer année par année. Il fixait des objectifs que nous ne pensions pas pouvoir atteindre. Par exemple, il avait dit que les premiers joueurs partiraient à l’étranger en 2000. C’est ce qui est arrivé pour moi, quand j’ai été transféré à Anderlecht ! »

Les futures stars du TP Mazembe à la diète forcée
Durée : 01:00

La méthode a perduré. En 2017, les revenus des transferts ont représenté environ 50 % du budget du club. Cette année-là, la revente du gardien burkinabé Hervé Koffi à Lille a rapporté, selon nos sources, autour de 750 000 euros à l’ASEC. Les « Mimos » doivent également récupérer un pourcentage sur les transferts de joueurs formés à l’Académie, comme Jean-Michaël Seri, passé de Nice à Fulham en juillet pour 30 millions d’euros.

La billetterie, 1 % du budget

Reste que ces reventes ne font pas tout. Comme la majorité des clubs professionnels, l’ASEC est lié à divers sponsors, dont certains lui sont fidèles depuis plusieurs années. Le groupe agro-industriel Sifca injecte ainsi 300 000 euros par an dans l’Académie. Le sponsoring assure environ 600 000 euros de rentrées, soit 20 % du budget.

Considéré comme le club le plus populaire du pays, l’ASEC joue devant 4 000 spectateurs en moyenne, hormis lors des derbies face à son grand rival, l’Africa Sports d’Abidjan. Davantage que sur la billetterie, qui ne représente que 1 % de son budget, il mise sur les subventions nationales ou celles de la Confédération africaine de football (CAF). « Cette année, nous n’avons pas pu nous qualifier pour la phase de poules de la Ligue des champions », ce qui aurait assuré au club 550 000 dollars (plus de 470 000 euros), regrette Benoît You. Reversé en Coupe de la CAF, le club n’a touché « que » 275 000 dollars.

L’ASEC, qui a diversifié ses activités pour renforcer son modèle économique, tire enfin des revenus substantiels des loisirs et de l’hôtellerie. En 1989, son président, Roger Ouégnin, avait acquis 7 hectares à Riviera, l’un des quartiers chics d’Abidjan, pour l’équivalent de 600 000 euros. Au début des années 2000, une partie du produit de la vente de joueurs a été injectée dans la construction d’un hôtel trois étoiles. Baptisée Sol Béni, la propriété est aujourd’hui estimée entre 20 et 25 millions d’euros. « Roger Ouégnin a mis ces terrains au nom de l’ASEC Mimosas, une association sportive à but non lucratif. Il ne veut pas vendre. Le projet est de développer l’activité sport-loisir, qui rapporte 450 000 euros par an », assure Benoît You. L’ASEC, qui a acheté 6,5 hectares à Bingerville, y transférera prochainement le centre d’entraînement de l’équipe professionnelle ainsi que le centre de formation. Le modèle n’a pas fini d’évoluer.