Le rassemblement des « gilets jaunes » sur les Champs-Elysées le 24 novembre. / BENJAMIN GIRETTE / HANS LUCAS POUR "LE MONDE"

De Marseille à Lille, de Pau à Rouen, à quoi devrait ressembler « l’acte III » du mouvement des « gilets jaunes », prévu samedi 1er décembre ? Malgré le discours d’Emmanuel Macron le 27 novembre, malgré la rencontre de représentants du mouvement avec le ministre de la transition écologique François de Rugy (le 27 novembre) puis avec le premier ministre Edouard Philippe (le 30 novembre), une nouvelle journée de mobilisation est prévue partout en France.

Les protestations portent au départ sur la hausse des prix des carburants. Ainsi, la pétition lancée par Priscillia Ludosky, l’une des porte-parole du mouvement, a été signée par plus d’un million de personnes. Elles sont toutefois de plus en plus disparates et expriment tout à la fois un ras-le-bol fiscal, un sentiment d’injustice sociale et une méfiance à l’égard des responsables politiques.

Samedi 24 novembre, plus de 106 000 personnes étaient mobilisées à travers le pays pour l’« acte II », dont 8 000 à Paris. Cette semaine encore, des « gilets jaunes » appellent les partisans du mouvement à revenir samedi sur les Champs-Elysées, théâtre, la semaine dernière, d’affrontements violents avec les forces de l’ordre.

  • A Paris, les Champs-Elysées sous haute sécurité

Comme les semaines précédentes, la préfecture de police n’a reçu aucune déclaration de manifestation sur les Champs-Elysées, ont fait savoir le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, et son secrétaire d’Etat, Laurent Nuñez, dans un communiqué.

M. Castaner a toutefois annoncé que les Champs-Elysées seront fermés à la circulation samedi, ouverts uniquement aux piétons et aux « gilets jaunes », mais ceux-ci « seront contrôlés avec une pièce d’identité » à toutes les voies d’accès.

« Nous fouillerons les sacs pour éviter qu’il y ait des armes par destination et que nos forces de l’ordre soient les victimes, surtout que nous savons à l’heure où je vous parle que l’ultra droite et l’ultra gauche, comme ça a été le cas la semaine dernière, (…) se mobilisent pour venir une nouvelle fois casser », a déclaré le ministre sur France 3. « Nous serons intraitables », a prévenu Christophe Castaner, précisant que le dispositif permettrait de protéger les Champs. « Dès qu’il y aura des dégâts, des provocations, nous sanctionnerons, nous interpellerons et nous livrerons à la justice », a-t-il dit.

Pour mettre en place ces barrages filtrants et assurer la sécurité de l’avenue, 4 000 policiers devraient être mobilisés – soit un millier de plus que la semaine dernière –, selon Loïc Travers, du syndicat Alliance. Un dispositif très important comparé aux manifestations classiques.

  • Des actions prévues en région

Ailleurs en France, des appels à des rassemblements locaux ont également été lancés.

En Gironde, des appels à manifester à Bordeaux circulant sur les réseaux sociaux, le préfet de Nouvelle-Aquitaine, Didier Lallement, a pris un arrêté interdisant les manifestations dans le centre.

A Brest, un rassemblement est prévu samedi à 13 h 30 place de Strasbourg, il sera suivi d’une manifestation vers le centre-ville.

A Toulouse, rendez-vous est donné à 12 h 30 à la prairie des Filtres.

A Montpellier, des « motards jaunes » appellent à manifester samedi dans la soirée. Une « manif’de nuit », qui débutera à 19 heures sur le parking du Zénith, avant de rejoindre la Comédie en passant par l’hôtel de ville, annonce la Fédération française des motards en colère-Hérault qui appelle automobilistes, cyclistes et piétons en gilets jaunes à rejoindre leur manifestation, qu’ils veulent pacifique.

A Lille, une nouvelle manifestation est organisée dans le centre, qui débutera à 14 h 30 sur la place de la République. Contrairement aux deux manifestations précédentes des 17 et 24 novembre, l’initiative est lancée par un militant lillois de La France Insoumise (LFI), Alexandre Chantry, à l’origine d’un appel sur Facebook intitulé « Acte 3 : révolution lilloise », rapporte La Voix du Nord, qui s’interroge sur la possible reprise du mouvement des « gilets jaunes », jusque-là apolitique et loin du monde syndical, par LFI. Plusieurs « gilets jaunes » crient également à la récupération politique sur les réseaux sociaux.

  • « Gilets jaunes » et « gilets rouges » ?

Les « gilets jaunes » et les militants de la CGT manifesteront-ils ensemble ? Le syndicat appelle, depuis le 20 novembre, « tous les citoyens, les salariés actifs et retraités », à manifester, samedi 1er décembre, sur la base de revendications liées au pouvoir d’achat et à la justice sociale (hausse du SMIC, fiscalité « juste », prise en charge des transports par les employeurs…).

Ce sera le cas à Orléans, où l’Union départementale CGT du Loiret et des « gilets jaunes » se sont rencontrés à la bourse du travail le 28 novembre. Ils manifesteront ensemble à Orléans sur le thème des inégalités et de l’injustice, mais aussi pour défendre leur pouvoir d’achat, comme le rapporte France Bleu.

A Dunkerque, l’Union locale CGT a appelé les « gilets jaunes » à se joindre à leur rassemblement, selon le journal local Le Phare dunkerquois. Des représentants de plusieurs organisations (CGT, FSU et Solidaires) ont publié sur Mediapart une tribune, le 27 novembre, appelant à rejoindre le mouvement.

S’agissant des actions prévues à Paris, des « gilets jaunes » de Brest ont annoncé leur intention d’éviter les Champs-Elysées, mais de se rendre place de la République d’où partira dans l’après-midi la manifestation de la CGT. Croyant en la convergence des luttes, ils ont imprimé des tracts jaunes pour un « appel citoyen » à se rassembler « tous ensemble contre Macron et son monde ».

  • Stations-essence bloquées

A Pau, une manifestation a été annoncée par les « gilets jaunes », qui ont prévu de bloquer les stations de carburants de l’agglomération. Après plus de dix jours de blocages d’axes routiers qui ont parfois exaspéré la population, certains « gilets jaunes » ont appelé à changer de stratégie. « Il va falloir s’orienter vers ce qui fait mal au porte-monnaie de l’Etat », expliquait cette semaine Eric Drouet sur Facebook, l’un des porte-parole du mouvement, évoquant l’hypothèse de « se cibler pendant quelques jours vraiment sur l’essence » (raffineries, stations-service, camions-citernes). M. Drouet a notamment appelé à un blocage total des raffineries et des stations-service à compter de mardi.

Notre sélection d’articles pour tout comprendre aux « gilets jaunes »

Les origines du mouvement :

Carburant, pouvoir d’achat : les raisons de la colère

La réponse des partis politiques

Que va devenir le mouvement ?

Nos chroniques et tribunes