LCP – PUBLIC SÉNAT - SAMEDI 13 - 21 H 00. DOCUMENTAIRE

La richesse – ou l’absence de richesse –, quel beau prétexte pour sillonner le monde, faire des rencontres et demander : Pour vous qu’est-ce qu’être riche ? Tel est le postulat de la réalisatrice et productrice Elisabeth Lenchener, 66 ans, dans son dernier film. « L’argent, c’est tout et son contraire, pour 7 millards de personnes sur Terre », introduit-elle en un bref monologue à la première personne. Une dichotomie qui va se vérifier dans les propos d’une vingtaine d’intervenants, historiens, philosophe, psychologue, banquier, politique, danseurs, gardienne, écrivains… invités à répondre à cette question que l’on n’entend jamais prononcer.

Le voyage débute tout en symbole par une croisière avec Erik Orsenna, écrivain, économiste, académicien et, accessoirement intervenant de luxe à bord d’un ferry. « L’argent est le meilleur des serviteurs ou le pire des maîtres. » Remporter le Goncourt (L’Exposition coloniale, éd. Seuil, 1988) lui a ainsi permis d’acheter une maison, ce qu’il appelle joliment « investir dans l’économie circulaire » des écrivains : « Les livres permettent d’acheter une maison, dans laquelle écrire des livres. » La romancière et grande joueuse de casino Françoise Sagan s’était elle aussi acheté une maison avec son premier argent…

Parmi les histoires qui s’enchaînent, sans logique apparente, celle de Robert Cohen sort du lot. Banquier à New York, Séoul, Buenos Aires, il a débuté au Crédit lyonnais de… Suresnes, en petite couronne parisienne. Où un de ses clients se nomme Picasso – tendez l’oreille. A l’époque, les paiements s’effectuent par chèque, mais « la différence avec toi ou moi », c’est que lui, Picasso, « personne ne présentait ses chèques », chacun préférant l’encadrer ou monnayer sa signature. Ainsi, non seulement Picasso ne déboursait rien mais il créait de la richesse.

Eclectisme toujours. Une vendeuse vietnamienne de cigarettes à la sauvette à Saïgon sourit, comme cette famille de musiciens qui fait la manche, aujourd’hui à Quito, en Equateur, avant les Etats-Unis et l’Europe demain.

Ultrariches en manque d’amour

Le philosophe Michel Baz Vir fait remonter notre rapport à l’argent à l’enfance. Michel Gad Wolkowicz va encore plus loin. En bon psychanalyste, il se réfère à Freud pour rattacher l’argent « à l’enfance, à l’érotisme anal et vaginal, aux excréments ». Déféquer « est la première expérience où [l’enfant] se sépare de quelque chose de son corps. (…) qu’il produit. » Pour les parents, « c’est un don ». Et ils en redemandent – « surtout la mère ».

Plus pragmatique, Olivier Peyre, Isérois de 35 ans, a fait un tour du monde zéro carbone en sept ans avec 20 000 euros. Sa démonstration sur l’accueil reçu selon qu’il est « client » ou « invité » est éloquente.

Retour à Paris. Odette Alvès, gardienne des beaux quartiers, élève son fils, s’amuse, rit et « ne manque de rien », « heureuse » avec 1 600 euros par mois. A l’opposé, comme François de Ricqlès, président de Christie’s France, et Bernard Mairiaux, spécialiste belge de droit patrimonial, en témoignent, les ultrariches manquent d’amour, incapables d’être appréciés pour eux-mêmes. Dans le poste, Mistinguett chante Je cherche un millionnaire. La richesse n’est pas l’argent.

« La Richesse », documentaire d’Elisabeth Lenchener (France, 2019, 60 min). Rediffusions : 14 juillet à 10 heures, 20 juillet à 22 h 30, 21 juillet à 11 h 30 et 27 juillet à 23 h 30.

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