Documentaire sur France 2 à 23 h 25

Alors que les Soviétiques s’apprêtent à prendre Berlin, le 30 avril 1945, Adolf Hitler, réfugié dans son bunker, se donne la mort en compagnie d’Eva Braun. Soucieux que son corps ne tombe pas aux mains de l’ennemi, il a ordonné à ses proches de le brûler. Dès le lendemain, la population apprend par la radio allemande que le Führer n’est plus. Les Russes qui se sont mis en quête de le retrouver, à défaut de le capturer, découvrent dans le jardin de la chancellerie les restes de deux corps calcinés – celui d’un homme et d’une femme.

Or, contrairement à d’autres dignitaires nazis retrouvés morts, tels Goebbels ou Himmler, aucune photo ou film ne seront diffusés. Et le mystère va s’épaissir encore lorsque, à la conférence de Potsdam, le 17 juillet 1945, Staline laisse entendre à Winston Churchill qu’Hitler, toujours vivant, aurait réussi à gagner le Japon ou l’Amérique latine. Sur ce mensonge vont fleurir pendant des années les thèses les plus fantaisistes. Et ce jusqu’en 2000, où les autorités russes, lors d’une exposition consacrée au régime nazi, présentent pour la première fois les restes de la boîte crânienne du Führer et de sa dentition. Mais faute d’expertise scientifique, le doute persiste. En 2009, d’ailleurs, des chercheurs américains vont remettre en cause l’authenticité des ossements du crâne et prétendre qu’il s’agit en fait de ceux d’une femme de moins de 40 ans. Soixante-treize ans après les faits, le mystère Hitler pourrait bien enfin avoir trouvé sa résolution grâce à Jean-Christophe Brisard.

Rigueur scientifique

En effet, après deux années d’âpres négociations, le grand reporter, aidé de la journaliste russe Lana Parshina, a réussi à obtenir des autorités russes que leur soient ouvertes les portes des archives d’Etat de la Fédération de Russie (GARF) ainsi que celles, très secrètes, du FSB (ex-KGB). Outre l’accès à certains documents inédits, les deux enquêteurs, auxquels est venu s’adjoindre Philippe Charlier, légiste et anthropologue réputé, ont pu expertiser pour la première fois les reliques d’Hitler. Si l’écriture, très rythmée, emprunte aux codes du thriller, rendant la chose moins aride et éminemment palpitante, là s’arrête néanmoins le caractère divertissant de ce documentaire dont le propos ne transige en rien sur la rigueur historique et scientifique. Ces deux domaines sont d’ailleurs étroitement mêlés pour nous permettre de suivre, à la fois, l’avancée de l’enquête – avec ses contraintes et ses limites –, le récit détaillé des derniers jours d’Hitler, éclairés de nouveaux documents (notamment les interrogatoires des membres de la garde rapprochée), ainsi que celui de la guerre froide autour de ces restes.

Un fragment de la mâchoire attribué à Hitler conservé dans les archives russes. / EGO PRODUCTIONS

A ceux que passionnerait ce « cold case » et qui voudraient en connaître tous les détails, on conseillera la lecture de l’ouvrage de Jean-Christophe Brisard et Lana Parshina qui a inspiré le documentaire : La Mort d’Hitler. Dans les dossiers secrets du KGB (Fayard, 372 p., 23 €). Le texte conserve son caractère de thriller historique, et sa lecture en est tout aussi captivante.

Le Mystère de la mort d’Hitler, de Jean-Christophe Brisard, avec la collaboration de Lana Parshina (Fr., 2018, 60 min). Philippe Charlier est aussi au centre de deux documentaires scientifico-historiques sur Saint Louis et Henri IV diffusé ce soir sur France 5.