« Vita & Virginia », film britannique de Chanya Button. / PYRAMIDE FILMS

LA LISTE DE LA MATINALE

A voir cette semaine au cinéma quatre longs-métrages dont un film d’animation.

« Les Enfants de la mer » : une rêverie écologique

LES ENFANTS DE LA MER Bande Annonce (2019) Animation
Durée : 01:20

Alors qu’elle traverse actuellement une crise de moyens comme de créativité, l’animation japonaise se montre toujours capable d’accoucher de véritables merveilles comme ces Enfants de la mer, fable graphiquement somptueuse et d’une belle sensibilité écologique.

Au tout début de l’été, Ruka, une collégienne irascible, se retrouve exclue de l’équipe de handball pour avoir délibérément blessé une camarade. Livrée à elle-même, la jeune fille trouve refuge dans le grand aquarium où travaille son père, océanologue, et y fait la rencontre d’Umi, un garçon farceur faisant l’objet de recherches scientifiques pour avoir été élevé par des lamantins.

Voguant sur la fine crête qui sépare le naturalisme (au sens d’une description précise de la nature) du merveilleux, Les Enfants de la mer glisse vers un onirisme croissant, progressant moins par péripéties qu’à travers de fines variations climatiques. C’est en s’élevant par-dessus l’intrigue que le film touche au cœur de son propos : une méditation poétique sur les rapports analogiques entre l’être et les éléments, la mer et le ciel, l’infiniment grand et l’infiniment petit. Mathieu Macheret

« Les Enfants de la mer », film d’animation japonais d’Ayumu Watanabe (1 h 51).

« Anna » : Besson retouche Nikita en mode cubiste

ANNA Bande Annonce VF # 2 (NOUVELLE, 2019) Luc Besson
Durée : 02:00

Une demi-sauvageonne prise dans une spirale fatidique (droguée, mariée à un petit délinquant psychopathe qui la frappe…) se fait remarquer par un haut responsable d’un service d’espionnage. Recrutée, embellie, entraînée et transformée en une redoutable arme de combat, elle doit apprendre à ménager sa survie dans des missions de plus en plus dangereuses, et gérer en même temps sa vie sentimentale.

In fine, le film raconte la conquête, par la séduction et par le sang, d’une liberté individuelle féminine dans la jungle retorse et impitoyable non point seulement de la sécurité nationale, mais aussi de la vie.

Contre toute attente, ces lignes ne sont pas destinées à signaler à l’attention du lecteur le film Nikita de Luc Besson, qui a été comme chacun sait réalisé voilà plus de vingt ans avec la formidable Anne Parillaud dans le rôle-titre. Elles tiennent plutôt à l’avertir qu’Anna, nouveau film du cinéaste, en est une version contemporaine moins réussie et moins attachante, en dépit d’une construction narrative plus ambitieuse. Anna semble à cet égard recycler Nikita en mode cubiste. Entre récit d’espionnage et roman d’émancipation féminine, le film balance, mais n’accomplit vraiment ni l’un ni l’autre. Jacques Mandelbaum

« Anna », film français de Luc Besson. Avec Sasha Luss, Luke Evans, Cillian Murphy, Helen Mirren. (1 h 59).

« Vita & Virginia » : à la recherche de Virginia Woolf

Vita & Virginia - Bande-annonce VOST
Durée : 01:47

Pour son deuxième long-métrage, la jeune réalisatrice britannique Chanya Button a visé très haut. Non seulement elle met en scène l’une des figures les plus révérées de la littérature du XXsiècle, Virginia Woolf, mais elle prétend mettre en scène dans le même mouvement un épisode biographique et la création d’une œuvre. Il est vrai que de la liaison entre l’auteure de Mrs Dalloway et Vita Sackville-West est né Orlando, roman qui devait faire accéder Virginia Woolf à la célébrité.

Cette haute ambition devait entraîner quelques déconvenues. Ce ne sont pas elles que l’on retient de ce film sensuel et cérébral, mais plutôt le beau couple que forment Elizabeth Debicki et Gemma Arterton, et le foisonnement des idées et trouvailles qui toutes veulent affranchir Vita & Virginia des pesanteurs de la tradition du film britannique en costume.

Depuis des décennies, le cinéma britannique aime à ressasser cette période de l’entre-deux-guerres et l’on sent que Chanya Button a été animée par la crainte que son film ressemble à la série Downton Abbey. Pour éviter ce piège, elle joue sur les similitudes entre le milieu qui gravitait autour du cercle de Bloomsbury, dont faisait partie Virginia Woolf, et les avant-gardes qui fleurirent des décennies plus tard autour de Carnaby Street ou de King’s Road.

L’effet généré par ces procédés est séduisant : même s’il manque l’aspect postapocalyptique de la période (on est à moins de cinq ans de l’armistice de 1918), on perçoit le désir d’émancipation, aussi bien dans la vie de tous les jours que dans la création. Thomas Sotinel

« Vita & Virginia », film britannique de Chanya Button. Avec Elizabeth Debicki, Gemma Arterton, Isabella Rossellini, Rupert Penry-Jones, Peter Ferdinando (1 h 50).

« Joel, une enfance en Patagonie » : une adoption qui déraille

JOEL, UNE ENFANCE EN PATAGONIE de Carlos Sorin - bande-annonce officielle
Durée : 01:40

Carlos Sorin est de ces cinéastes dont un titre résume l’œuvre. Sorti en 2002, Historias minimas – des histoires toutes petites – jetait des gens ordinaires au destin ordinaire sur les routes de Patagonie. Depuis, le cinéaste argentin s’est installé dans ce registre et dans cette région immense. Joel est de cette veine, qui racontera donc une histoire minuscule, circonscrite dans le temps (contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre français, le film n’a rien d’une chronique) et dans l’espace.

Sorin raconte ce qui advient à un couple – un ingénieur forestier, une professeure de piano – qui vit dans une petite ville quelque part du côté d’Ushuaia lorsque son vœu le plus cher est exaucé. L’irruption d’un petit garçon adopté dans la vie de Cecilia (Victoria Almeida) et Diego (Diego Gentile) est traitée avec minutie et détachement, jusqu’à ce que le processus d’assimilation de l’enfant déraille, d’abord insensiblement.

Sans abandonner tout à fait sa retenue, son empathie raisonnée, Carlos Sorin laisse alors la colère et la cruauté imprégner son film, qui devient ainsi le meilleur qu’ait donné le réalisateur depuis longtemps. T. S.

« Joel, une enfance en Patagonie », film argentin de Carlos Sorin, avec Victoria Almeida, Diego Gentile, Joel Noguera, Ana Katz (1 h 40).