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Rompu à la musique contemporaine dès l’origine, en 1996, le Quatuor Diotima est l’un des ­acteurs essentiels de l’Académie que ManiFeste accueille depuis 2012. Il sera aussi en concert le 7 juin, porte-parole des compositeurs Mauro Lanza (The 1987 Max Headroom Broadcast Incident), Ashley Fure (Anima), Toshio Hosokawa (Distant Voices) et ­Alberto Posadas (Elogio de la sombra). Une vocation que Franck Chevalier, ­l’altiste « canal historique » du Quatuor, fait valoir en 2017 comme au premier jour. « On se retrouvait pour ­défendre les compositeurs qu’on aimait : faire du quatuor était pour nous un hobby, explique cet ancien du Conservatoire de Paris, alors membre de l’Orchestre national de France. Et puis le projet a évolué. »

Chercheur d’or

En 2004, passage à la catégorie professionnelle. Avec, pour corollaire, la nécessité d’un nom qui inscrive le choix de l’avant-garde sans renier le grand répertoire : Diotima s’est imposé, double référence à l’unique quatuor de Luigi Nono (Fragmente-Stille, an Diotima) et au nom de l’égérie du poète romantique allemand Friedrich Hölderlin. Le ­signal de la passion. Ainsi celle du violoncelliste Pierre Morlet (l’autre pilier de 1996), chasseur de musique contemporaine. « Il est notre chercheur d’or, constate Constance Ronzatti, intégrée depuis presque trois ans dans la fratrie des seize cordes pour y tenir la partie de second violon. Pierre entretient des rapports boulimiques avec le milieu de la création, se gave de musique, en concert ou sur Internet. Mais c’est le groupe tout entier qui décide. »

Ni posture esthétique, filiation dogmatique ou interdit stylistique : les Diotima voient la musique à 360 °

Ni posture esthétique, filiation dogmatique ou interdit stylistique : les Diotima voient la musique à 360 °, même s’ils ­entretiennent des rapports privilégiés avec Helmut Lachenmann, Brian Ferneyhough, Toshio Hosokawa, Tristan Murail (dont ils viennent de créer Sogni, ombre et fumi), Gérard Pesson ou Pascal Dusapin. « Nous sommes toujours les seuls à jouer Alberto Posadas, regrette Franck Chevalier. Donner aux collègues l’envie de faire entrer une œuvre au répertoire, c’est un peu notre challenge ! »

Les Diotima n’ignorent pas que le genre du quatuor à cordes, exigeant creuset de la pensée et de l’innovation, s’adresse à un public averti. « C’est une forme par ­essence expérimentale, sans zone de ­confort », affirmeConstance Ronzatti. L’ascèse d’une écriture dépouillée des ­artifices de la palette orchestrale, une forme de préalable spirituel ont d’ailleurs rebuté nombre de compositeurs, et non des moindres – Berlioz, Chopin, Liszt, ­Mahler, Bruckner… « Les pièces pour quatuor sont d’ailleurs majoritairement ­ratées, et c’est normal », pointe Franck Chevalier, qui se méfie a priori du compositeur sans appréhension. Et plus encore de celui qui prône l’entre-soi, voire revendique un hermétisme assumé. « On est parfois atterrés devant le peu de prise en compte du public », lâche-t-il.

Une académie à Noirlac

Les Diotima n’interviennent jamais dans le processus de la composition. Mais ils sont les accoucheurs de l’œuvre, habilités au questionnement. Après le déchiffrage de la partition, une séance de travail avec le compositeur permet en général de trouver des solutions. Ou pas. « On va à chaque fois jusqu’au bout, quitte à classer l’œuvre sans suite… » Pour fluidifier les rapports entre interprètes et créateurs, le quatuor a fondé en 2014 une académie à l’abbaye de ­Noirlac (Cher), conséquence d’un double constat. Enrayer d’une part les dérives sectaires et l’abus de recettes idiomatiques chez des compositeurs, ­pallier de l’autre la profonde ignorance de la musique contemporaine des jeunes ­issus des conservatoires.

« La musique classique ­induit une connaissance harmonique de l’instrument, explique Constance Ronzatti. Le répertoire contemporain fait ­éclater ces codes, génère des catalogues d’effets inédits. Faire un écrasé précis, avec une hauteur ou un dégradé, jouer en doubles harmoniques, cela s’apprend. »

En 2016, les Diotima, emmenés par leur « primarius » chinois, Yun-Peng Zhao, ont fêté avec le succès d’une ­intégrale Bartok leurs vingt ans d’existence. Fiers de tenir leur rang dans l’exceptionnelle et brillante floraison de quatuors à cordes que compte aujourd’hui la France.

Diotima, au Centre Pompidou, le 7 juin à 20 h 30. De 10 € à 18 €.