La presse s’interroge sur l’état de santé de la chancelière, qui a été sujette à une crise tremblement à Berlin, jeudi 27 juin. / KAY NIETFELD / AFP

Comment va notre chancelière ? C’est la question que se pose la presse allemande depuis qu’Angela Merkel a été prise de tremblements en public deux fois en quelques jours. Dernier épisode en date : jeudi 27 juillet au matin, lors d’une cérémonie officielle au château de Bellevue à Berlin, la chancelière, qui fêtera ses 65 ans à la mi-juillet, s’est mise à trembler pendant près d’une minute pendant un discours du président fédéral allemand, Frank-Walter Steinmeier.

Le 18 juin, Angela Merkel avait été victime d’une crise similaire, en compagnie du nouveau président ukrainien. Il faisait chaud ce jour-là à Berlin, et les deux leaders étaient debout sous le soleil. L’entourage de la chancelière avait mis l’incident sur le compte d’une déshydratation ; la dirigeante allemande, au pouvoir depuis quatorze ans, avait dit s’être rétablie après avoir bu trois verres d’eau. Mais neuf jours plus tard, par une matinée bien plus fraîche cette fois, dans une salle climatisée, Angela Merkel fait à nouveau un malaise. Dans les médias allemands, les spéculations vont bon train.

« A quel point la chancelière est-elle malade ? », s’interroge le journal populaire Bild. « Il est question d’une déshydratation ou d’une hypoglycémie, comme la dernière fois, ajoute le journal le plus lu du pays. De plus, la soirée de mercredi soir à la chancellerie, avec la cheffe de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, et la tête de liste aux élections européennes, Manfred Weber, s’est terminée très tard. » Le tabloïd, volontiers sensationnaliste, a interrogé trois médecins, qui ont livré une dizaine de diagnostics, de la fatigue à la sclérose en plaques, en passant par les effets secondaires d’un traitement en cours ou le diabète.

Une demande de transparence sur son état de santé

Le quotidien berlinois Der Tagesspiegel rappelle que presque tous les prédécesseurs d’Angela Merkel ont eu de gros ennuis de santé – bien souvent soigneusement dissimulés au public. « Quand Helmut Kohl a été hospitalisé pour une opération du genou, son entourage a prétexté un rhume. C’est presque l’excuse standard du chancelier malade. Mais Konrad Adenauer avait en réalité une pneumonie ; Helmut Schmidt souffrait d’évanouissements. Quant à la dépression de Willy Brandt, elle est restée un secret d’Etat jusqu’à sa démission. »

Der Tagesspiegel rappelle que la chancelière a d’habitude une santé de fer, et que les médias ont tendance à s’inquiéter un peu trop dès qu’elle a un coup de mou. « Elle est increvable. Mais après les dernières élections de 2017 et des mois de négociations politiques en 2018, elle a eu les traits tirés pendant quelque temps. Ensuite, elle n’est pas partie en vacances dans le Tyrol comme à son habitude : cela a donné lieu à toutes sortes de rumeurs. »

Le quotidien conservateur Die Welt, pour sa part, exige de la transparence. Rappelant que de nombreux leaders politiques célèbres, notamment Franklin D. Roosevelt et Léonid Brejnev, ont été diminués physiquement par la maladie, le quotidien y voit un risque pour la légitimité de la chancelière. « Parce que lorsque de telles choses deviennent publiques, la question se pose immédiatement : qui gouverne réellement ? A qui profite cet accès de faiblesse ? Les majorités sont-elles en danger parce que le public perd confiance dans la capacité des dirigeants à s’affirmer ? »

Die Welt se hasarde à évoquer une possible « démission », mais pour mieux insister que ce n’est pas souhaitable dans l’immédiat, à cause du risque d’instabilité politique qui pourrait découler d’un départ trop soudain de la chancelière.

Dans un court éditorial, le Frankfurter Allgemeine Zeitung dénonce « les vautours » qui se réjouissent de ces ennuis de santé d’Angela Merkel. « Au cours de ses quatorze années au pouvoir, Merkel a toujours été en excellente santé, tant sur le plan physique que psychologique », souligne le journal conservateur. S’il est totalement légitime que l’opinion publique se pose des questions sur l’état de santé de la dirigeante et ne soit pas satisfaite d’un simple « la chancelière va bien », le journal conseille à Angela Merkel d’« ignorer les croassements ». « En tout état de cause, Merkel était suffisamment en forme pour s’envoler pour le Japon, où elle prendra part au sommet du G20 », rappelle le journal.

Selon un proche de la chancelière cité par le journal Tagesspiegel, « Merkel n’est qu’un être humain, après tout. Elle a eu une année épuisante et aura 65 ans en juillet ». La chancelière doit désormais s’attendre à ce que le moindre de ses frissonnements soit scruté et commenté, conclut le quotidien berlinois.