Jean-Marc Janaillac, le nouveau PDG d’Air France-KLM, devrait connaître sa première grève. Les sept heures de discussions marathon, jeudi 21 juillet, entre la direction d’Air France et le SNPNC et l’UNSA, deux syndicats d’hôtesses et de stewards de la compagnie, n’ont rien donné. « C’est le moment de vérité. Nous cherchons une sortie car la volonté est de sortir de cette perspective de grève. Mais pas à n’importe quel prix ! », a confié au Monde, vendredi 22 juillet, Gilles Gateau, directeur des ressources humaines de la compagnie.

La direction devait adresser, vendredi, un nouveau protocole d’accord aux syndicats. Mais l’espoir est ténu. Les syndicats se disaient pessimistes. « Il est peu probable que l’on puisse se rejoindre », confie Sophie Gorins, secrétaire générale du SNPNC. Pourtant le temps presse. L’échéance du préavis de grève reconductible du 27 juillet au 2 août, déposé début juin, approche. Un conflit qui tombe mal. En plein chassé-croisé entre les retours des juillettistes et les départs des aoûtiens.

La principale revendication des hôtesses porte sur « la durée de leur accord collectif ». Conclu pour trois ans, il arrive à échéance le 31 octobre. Air France propose de le reconduire. Mais pour dix-sept mois seulement, soit jusqu’au 31 mars 2018. Un protocole d’accord a été soumis à la signature des syndicats des personnels navigants commerciaux (PNC) jusqu’au 22 juillet au plus tard. Pas question de signer, rétorquent les syndicats.

Arrière-pensées

Dans un tract, en date du 13 juillet, l’intersyndicale des PNC a maintenu sa « demande d’un accord d’une durée de cinq ans ». Dans un geste de bonne volonté, les syndicats laissent entendre que cette durée pourrait être ramenée à trois ans après négociation. Pas question de « fragiliser l’entreprise », rétorque la direction, qui estime qu’« il n’est pas raisonnable de s’engager sur une plus longue durée ». Un argument loin de convaincre les syndicats d’hôtesses et de stewards. Pour preuve, selon eux, la compagnie allemande Lufthansa vient de signer avec ses PNC un accord valable jusqu’en 2021.

Pour appuyer leur revendication, ils rappellent que leurs deux précédents accords collectifs avaient été conclus, depuis 2008, pour cinq ans puis trois ans et demi. De plus, les PNC s’agacent d’être la seule catégorie de personnel dont l’activité est régie par un accord à durée limitée.

Selon eux, cet accord sur courte durée traduit les arrière-pensées de la direction. Pour les deux syndicats, Air France ne chercherait qu’à gagner du temps. L’objectif serait notamment de passer le cap « de l’élection présidentielle, en passant cette période au calme » sur le plan social chez Air France, accuse Sophie Gorins.

En revanche, une fois l’élection passée puis l’accord arrivé à échéance, la direction aurait alors tout loisir d’imposer un autre protocole d’accord. Bien moins favorable aux 14 000 hôtesses et stewards de la compagnie, redoutent le SNPNC et l’UNSA.

« Cela n’a rien à voir avec l’élection présidentielle, rien à voir avec la loi El Khomry. Il faut seulement que les engagements que l’on prend soient soutenables, par beau temps mais aussi si le temps change, même si personne ne le souhaite », se défend M. Gateau.

Résignation

Outre la question d’un accord de longue durée, les PNC refusent les projets de réduction du nombre des hôtesses et stewards sur certaines lignes. L’objectif d’Air France serait de supprimer un PNC « sur quelques vols moyen-courriers ». Une mesure de productivité à laquelle la compagnie pourrait renoncer pour arracher la signature des syndicats et éviter la grève.

Pas sûr que cela suffise face à des PNC très remontés. La direction semble résignée à subir cette grève. « Je ne me prononce pas », admet le DRH d’Air France.

Ce serait le premier conflit enduré par Jean-Marc Janaillac. Pourtant, avant même d’entrer en fonction, il avait fait la preuve de son sens du dialogue social. Une seule rencontre avait suffi pour que les syndicats de pilotes lèvent leur mot d’ordre de grève, qui devait prendre effet, avant la mi-juin, au début du championnat d’Europe de football.

Cette fois, le charme n’a pas opéré. En coulisse, M. Janaillac compose une direction à sa main. Jérôme Nanty, ex-secrétaire général de Transdev, a été nommé secrétaire général d’Air France-KLM. Une arrivée pour un départ. Xavier Broseta, DRH d’Air France-KLM, devrait bientôt quitter la compagnie.

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