Vue aérienne de la station allemande Jaenschwalde et d’une mine de lignite exploitée par le fournisseur d’énergie suédois Vattenfall. | PATRICK PLEUL / AFP

L’opération a été baptisée « break free », pour « libérons-nous des énergies fossiles ». Cinq mois après la signature de l’accord de Paris sur le climat, lors de la COP21, les grandes ONG écologistes (Greenpeace, 350.org…) ont décidé de cibler les secteurs du gaz, du charbon et du pétrole. Depuis le 4 mai, une série d’actions coordonnées ont été menées dans 12 pays - Royaume-Uni, Philippines, Nouvelle-Zélande, Brésil, Australie, Nigéria, Indonésie, Afrique du Sud, Etats-Unis, Allemagne, Canada et Turquie - pour réclamer une réduction drastique de l’exploitation des énergies fossiles.

Les militants prévoient de s’enchaîner aux excavatrices

La campagne doit s’achever samedi 14 et dimanche 15 mai en Allemagne par une action massive de désobéissance civile. Sur les mines de lignite de la Lusace, dans l’est du pays, des milliers d’Européens sont attendus pour l’événement baptisé « Ende Gelände » : « Jusqu’ici, pas plus loin ». Les militants prévoient de forcer des barrages de policiers et de s’enchaîner aux excavatrices, les gigantesques engins roulant qui extraient le charbon. « Nous voulons encourager la désobéissance civile et le blocage, affirme Nicolas Haeringer, de la branche française de 350.org.

Leur demande ? Laisser 80 % des hydrocarbures et du charbon dans le sous-sol afin de rester sous le seuil critique des 2 degrés de réchauffement que les 195 pays associés à l’accord de Paris sur le climat se sont engagés à ne pas dépasser. « Le but était d’identifier dans chaque région les sites iconiques de l’exploitation des énergies fossiles, explique Nicolas Haeringer, de 350.org France, et d’agir partout au même moment pour montrer qu’on fait partie d’une vague mondiale de résistance ».

Charbon et pétrole ciblés à travers le monde

Les militants ont particulièrement visé le charbon, l’énergie fossile la plus polluante et la plus émettrice de C02, dans les pays producteurs comme au Pays de Galles, en Australie mais aussi dans les zones les plus vulnérables comme les Philippines. A Batangas City, au sud de Manille, environ 10 000 manifestants ont convergé le 4 mai pour protester contre l’implantation d’une nouvelle centrale à charbon de 600 megawatts. « Le monde entier nous voit comme un pays progressiste sur le changement climatique car pour nous c’est une question de survie, explique Chuck Baclagon, Philippin et chargé de campagne pour 350.org en Asie de l’Est. Mais ça n’est pas la réalité ici, le gouvernement prévoit de construire 27 nouvelles centrales à charbon. C’est cette contradiction que nous voulons dénoncer. »

Au Nigeria, où le delta du Niger a été ravagé par des déversements d’hydrocarbures à répétition, des centaines de citoyens se mobilisent depuis le 10 mai pour demander un assainissement complet de leur environnement. « Ici le pétrole a détruit l’environnement, a affecté le climat et a pollué les rivières », déplore Nnimmo Bassey, de l’organisation nigériane Home Of Mother Earth Foundation.

Une coordination inédite

Les ONG ont tiré les leçons de 2009 : à la suite de la COP15 à Copenhague, la société civile avait peiné à se rassembler une fois les négociations terminées : « On avait sur place l’impression d’avoir marqué les esprits, mais derrière il n’y a eu aucune perspective de mobilisation se souvient Nicolas Haeringer, cette fois-ci, l’idée était de ressortir de Paris avec une date et un agenda. »

« Il y a eu 21 COP et les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé d’augmenter »

« Jusqu’ici les ONG écologistes se contentaient de suivre les COP chaque année, mais il y a eu 21 COP et les émissions de gaz à effet de serre n’ont cessé d’augmenter, rappelle Nicolas Haeringer, Aujourd’hui, il faut passer à l’action et geler les sites de production comme nous le faisons. Tant que les Etats n’agiront pas, nous le ferons à leur place. »

« Le dialogue s’est intensifié [entre les différentes organisations écologistes] depuis la grande marche de mars 2014 à New York pour le climat », ajoute Laura Rico, coordinatrice de la campagne Break Free pour Greenpeace international. Un dialogue qui a aussi inclus les mouvements locaux. « Ce sont eux qui sont au centre de cette mobilisation, au sein de chaque pays, les gens ont travaillé main dans la main », affirme-t-elle.