LA MERE PARTIE

Message subliminal entre Noirmoutier-en-l’Ille et la Russie. / BENOIT TESSIER / REUTERS

Il ne reste que quatre matchs à jouer dans cette Coupe du monde, mais aucun n’aura lieu ce lundi 9 juillet, comme aucun n’a non plus eu lieu la veille. Deux jours sans football, c’est long, surtout après en avoir tellement regardé depuis le 14 juin. Pour éviter de tourner en rond et ressasser les kilomètres de statistiques, rassurantes ou déprimantes, qu’on accumule avant la demi-finale Belgique-France (mardi 10 juillet à 20 heures), La Gazette fait une pause, change de chaîne (moins de BeInSports, plus de Laurent Luyat) et contemple le Tour de France.

Le Tour et le Mondial se confondront pendant une semaine, le temps que le premier arrive au pied des cols et que le deuxième se conclue par la victoire d’une équipe européenne. On ne sait pas si certains footballeurs français ou belges fanatiques de vélo suivaient depuis la Russie l’échappée de Sylvain Chavanel entre Mouilleron-Saint-Germain et La Roche-sur-Yon, mais on est assez certains que les coureurs français et belges du peloton regarderont le match de mardi.

Les Français et les Belges sont les deux nationalités les plus représentées dans le Tour cette année, avec 35 et 19 coureurs respectivement sur 176. Dans le peloton, on parle foot, on pronostique, on vanne. Mais le football réveille aussi des alliances insoupçonnées, à son pays d’adoption, à son équipe et ses coéquipiers. Il y a plusieurs cas de figures, relevés par l’AFP.

Le seul Français dans une équipe belge. C’est le cas de Julian Alaphilippe chez Quick Step. Mais le vainqueur de la Flèche Wallonne ne se laisse pas influencer. Le « cœur parle » et il voit la France gagner. Mais il ne se mouille pas au pronostic.

Le seul Belge dans une équipe française. Oliver Naesen est entouré par 5 Français, dont son leader Romain Bardet, mais ses faveurs vont quand même aux Diables Rouges qu’il voit gagner « 3-2. J’en suis quasiment sûr ». Mais s’il perd, il a un plan B.

« Nous sommes trois Belges, il y a le cuisinier, le kinésithérapeute et moi. Si on perd, je pense que le cuisinier ne va plus cuisiner pour les autres, ça ne sera que pour moi. »

Le Français qui a passé du temps chez les Belges. Tony Gallopin a passé quatre ans dans l’équipe belge Lotto avant de passer chez AG2R. Il a un pied dans chaque camp et, forcément, une approche équilibrée avant cette demi-finale : « Je pense qu’on va se chambrer et vivre ça de façon festive ».

La quatrième étape du Tour arrivera à Sarzeau, dans le Morbihan, trois heures avant le coup d’envoi, juste le temps de se faire masser et trouver un coin avec une télé.

DU CÔTÉ DE CHEZ VLAD

La patrouille arrive. / ODD ANDERSEN / AFP

On peut dire que le défenseur croate Domagoj Vida a réussi sa demi-finale contre la Russie : un marquage féroce, un but en prolongations et un penalty transformé. Il a un peu dérapé dans l’après-match, en publiant une vidéo qui pourrait lui valoir des problèmes avec la FIFA.

On voit Vida et l’ancien international croate Ognjen Vukojevic fêter la qualification en disant « Cette victoire est pour le Dynamo Kiev et pour l’Ukraine ! En avant la Croatie ! ». Vida crie de plus belle : « Gloire à l’Ukraine ».

Les deux Croates ont passé quelques années à jouer dans le club ukrainien, et Vukojevic continue à y exercer le métier de recruteur. Beaucoup de Russes y voient une provocation, voir un message à caractère politique. « Gloire à l’Ukraine ! » est un slogan de la révolution pro-européenne qui a conduit à la destitution du président ukrainien prorusse Viktor Ianoukovitch en 2014. Depuis, une guerre – 11 000 morts et 1,5 million de réfugiés – continue entre les deux pays voisins.

« Les slogans politiques, nationalistes et racistes ne sont pas les bienvenus à la Coupe du monde. De tels actes devraient être punis », a exigé Dmitri Svichtchov, membre du comité parlementaire russe sur les sports. La FIFA a ouvert une enquête, comme elle l’avait fait lorsque deux joueurs suisses avaient fait référence au drapeau albanais lors de leur victoire contre la Serbie. Ils avaient payé 8 660 euros chacun pour le geste. Vida a démenti tout geste politique : « C’était une blague pour mes amis du Dynamo Kiev, a-t-il plaidé. J’adore les Russes et j’adore les Ukrainiens ».

L’ŒIL DE MOSCOU

« Je serais fier de pouvoir montrer à Titi qu’il a choisi le mauvais camp. »

Olivier Giroud est passé par toutes les émotions en conférence de presse lorsque le cas Thierry Henry, meilleur buteur de l’histoire des Bleus et sélectionneur adjoint de la Belgique, a été abordé. L’attaquant français a alterné entre la pique-dite-avec-le-sourire-parce-qu’on-est-tous-potes-après-tout, l’incompréhension – « Ça fait bizarre de l’avoir contre nous. C’est une légende vivante du foot français » –, la jalousie – « J’aurais préféré qu’il soit avec nous et nous donne ses conseils, à moi et aux autres attaquants, mais il ne faut pas être jaloux » –, et la pique un peu plus dure qui le renvoie à son statut de retraité – « On a beaucoup de respect pour ce qu’il a fait. Mais on n’y pense pas trop, on va être concentrés sur le terrain et le jeu ». Peut-être se rappelle-t-il que Henry avait dit un jour qu’Arsenal ne serait jamais champion avec Giroud.

Il a conclu par l’habituelle réponse un peu langue de bois : « Mon boulot est d’être bon sur le terrain, de représenter au mieux l’équipe de France, la faire avancer, gagner ». Pour l’instant, le quatrième meilleur marqueur de l’histoire des Bleus (31 buts) n’a jamais perdu dans cette Coupe du monde, mais il n’a pas encore marqué.

Thierry Henry apprend aux attaquants belges à faire léviter le ballon. / FRANCK FIFE / AFP

KOMINTERN

La Coupe du monde est surtout l’occasion pour les journalistes de recevoir une flopée de communiqués sans intérêt. Mais ce serait bête qu’ils meurent oubliés dans nos spams.

Une célèbre maison d’édition a découvert le meilleur moment pour capter l’attention des fans de foot : à la mi-temps. Elle propose donc, « pour patienter », la lecture « d’une bande dessinée numérique, inédite et décalée sur les dessous du football en Russie » publiée en ligne. Le communiqué est accompagné de critiques, non signées, toutes plus dithyrambiques les unes que les autres. Nos préférées, car les moins crédibles du lot : « Un concentré de bonheur en lecture. Scénario captivant et drôle appuyé par un dessin génial. Merci, merci, merci » et « C’est encore mieux que du foot ! Bien plus palpitant et drôle que les matchs du Mondial, jusqu’à présent ! ».

POUCHKINE BALL

La gazette est toujours poète. Aujourd’hui, des mots d’Alexandre Pouchkine pour deux footballeurs isolés, Fernando Hierro, éphémère sélectionneur de l’Espagne, et Mesut Özil, souffre-douleur de l’Allemagne.

« Que j’erre dans les rues bruyantes
ou visite une église pleine
ou m’égaie avec des fêtards,
je suis tout à mes rêveries.

Je pense au cours furieux des ans
et que tous, autant que nous sommes,
nous descendrons sous la voûte éternelle »

Alexandre Pouchkine dans Poésies

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