L’expérience s’annonce encore plus dépaysante que les vibrations d’un didgeridoo ou les bonds d’un kangourou. L’équipe de France de rugby à XIII va enfin jouer dans un pays où « notre sport est roi », s’enthousiasme son entraîneur, Aurélien Cologni. Les trois premiers matchs des Français dans cette Coupe du monde se tiennent tous en Australie, pays qui est à la discipline « ce que le Brésil est au foot ». D’abord contre les Libanais, dimanche 29 octobre, à Canberra (6 heures du matin, heure française, sur BeINSports 2). Puis contre les Australiens, tenants du titre, le 3 novembre. Et enfin contre les Anglais, le 12 novembre.

Voilà donc les Coqs aux antipodes de leurs habitudes, crêtes sens dessus dessous. Tous savent qu’ils ont « une grande responsabilité », selon Théo Fages, 23 ans à peine, nouveau capitaine de la sélection tricolore. Pour le demi de mêlée, une bonne performance permettrait de « montrer que le XIII est encore présent » en France. Depuis les finales mondiales de 1954 et 1968, les treizistes français ont eu le temps de péricliter au profit grandissant du rugby à XV. A peine 11 000 licenciés d’un côté, 272 000 de l’autre.

Marc Palanques en convient. Même le championnat de France s’apparente davantage à un « championnat régional » qu’à une compétition nationale, regrette le président de la Fédération française de rugby à XIII, en poste depuis un an. La saison passée, huit clubs sur dix se trouvaient en Occitanie. Les deux autres, dans des régions voisines : Provence-Alpes-Côte d’Azur et Nouvelle-Aquitaine. « Si tu restes à ce point local, tu es en train de le tuer, ton sport », ajoute l’ancien joueur et capitaine tricolore, comme s’il se parlait à lui-même.

A son congrès de septembre, au Barcarès (Pyrénées-Orientales), la fédération treiziste a présenté un nouveau projet pour tenter de relancer ce sport à l’échelle nationale. A l’été 2019, le temps de parvenir à convaincre des sponsors, elle envisage la création d’une nouvelle compétition, en complément du championnat de France : le Super XIII. La compétition à visée promotionnelle se déroulerait de juin à août et impliquerait treize équipes, chacune d’elle implantée dans l’une des treize régions métropolitaines.

Les deux meilleurs clubs français jouent… outre-Manche

A défaut d’avoir déjà leurs villes et stades, les futures équipes ont des surnoms : les Menhirs de Bretagne, les Vignerons de Nouvelle-Aquitaine, les Tisonniers des Hauts-de-France… « Il nous faut de grandes équipes dans de grandes villes », annonce Marc Palanques. Question d’attractivité.

« Quand j’ai demandé au grand patron d’un équipementier : “Tu peux faire un effort pour le XIII ?”, il m’a répondu : “Mais Marc, un sport où Pia est champion de France [en 2013], qu’est-ce que tu veux que ça nous apporte ?” Ça m’a fait mal, mais il avait raison. » Les 8 500 habitants de la commune des Pyrénées-Orientales apprécieront.

Marc Palanques espère trouver refuge dans des stades de football. « Les footballeurs et les treizistes ont le même amour pour la pelouse », ajoute le Carcassonnais. Sous-entendu : le style de jeu treiziste, tout en vitesse et avec un minimum de mêlées, épargnerait ces mêmes pelouses que les regroupements de quinzistes menacent de leurs crampons.

Championnat de France : Finale Elite 1 2012-2013
Durée : 02:01:10

L’idée de ce Super XIII revient à Luc Dayan. Dans le football, l’homme est connu pour ses passages aux résultats inégaux à la tête de Lille, Nantes, Strasbourg ou Lens. Mais il a aussi déjà planché, à plusieurs reprises, sur ce sport « inexploité » qu’est le rugby à XIII. En 2012, il organisait le match France-Galles sur la pelouse du stade Félix-Bollaert, en l’absence des footballeurs lensois. Deux décennies plus tôt, il œuvrait à la création d’une section treiziste du Paris-Saint-Germain. Expérience éphémère : deux petites saisons au sein de la Super League anglaise, ligue professionnelle créée de toutes pièces en 1996, le deuxième meilleur championnat derrière celui d’Australie, et puis s’en va.

Aujourd’hui, cette Super League existe encore, et elle tolère toujours une équipe française au beau milieu de formations anglaises : les Dragons catalans, domiciliés à Perpignan, enchaînent les vols allers-retours depuis 2006. Tout comme le Toulouse Olympique XIII, qui se contente du Championship, équivalent de la deuxième division anglaise. Dit autrement : les deux meilleurs clubs français jouent… outre-Manche. « A moyen terme, je veux qu’ils réintègrent le championnat français, insiste Marc Palanques. Pour que nos joueurs rêvent de France plutôt que d’Angleterre. »

Ces deux formations, professionnelles, fournissent presque la moitié de la sélection nationale : huit Perpignanais et trois Toulousains sur les vingt-quatre joueurs retenus pour le Mondial. Le reste de la sélection nationale ? Huit joueurs à temps plein pour des clubs anglais, eux aussi professionnels. Et seulement cinq autres dans des clubs du championnat de France, l’Elite 1, resté semi-amateur.

L'Essai de l'année 2017
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« Il faut que les deux rugbys se parlent »

Ce manque d’enracinement pose problème : « En Australie, ils ont un potentiel de 200 joueurs de très haut niveau. Nous, une trentaine », estime Aurélien Cologni. Qui émet un regret : « En France, on s’est développé en marge et dans l’ombre du rugby à XV. On souffre depuis des années d’un manque de médiatisation. »

Le comble étant qu’à l’origine, seuls les treizistes autorisaient le professionnalisme en France, là où les quinzistes le proscrivaient. Cet élément avait d’ailleurs servi d’argument au gouvernement de Vichy pour bannir le XIII pendant la seconde guerre mondiale, à l’instigation de dirigeants quinzistes bien contents d’affaiblir la discipline rivale.

Avant le match de dimanche contre le Liban, Marc Palanques prône l’apaisement : « Il faut que les deux rugbys se parlent. » Le dirigeant entend bien attirer quelques jeunes quinzistes en mal de temps de jeu pour étoffer les équipes de son futur Super XIII. Avec cet argument : signe que ces deux sports peuvent cohabiter, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et l’Angleterre ont déjà remporté le titre mondial aussi bien à XIII qu’à XV. A l’inverse de la France, qui semble à présent aussi éloignée d’une consécration dans l’une que dans l’autre de ces disciplines.

Calendrier

Groupe A (sur BeIN Sports 2)

Dimanche 29 octobre : France-Liban, 6 heures – heure française –, à Canberra (Australie).

Vendredi 3 novembre : Australie-France, 10 h 05, à Canberra (Australie).

Dimanche 12 novembre : France-Angleterre, 12 h 05, à Perth (Australie).

Les trois premières équipes (sur quatre) du groupe se qualifieront pour les quarts de finale.

Phase à élimination directe (sur BeIN Sports 2)

Du 17 au 19 novembre : quarts de finale en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Du 24 au 25 novembre : demi-finales en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Samedi 2 décembre : finale à Brisbane (Australie).