Il n’y aura pas de duel entre le chef de l’Etat turc, Recep Tayyip Erdogan, et son prédécesseur. L’ancien président Abdullah Gül a annoncé samedi 28 avril ne pas être candidat à l’élection anticipée de juin, faute d’être parvenu à rassembler l’opposition autour de son nom. « Il n’est désormais plus question d’un processus en vue de ma candidature », a déclaré M. Gül lors d’un point de presse à Istanbul, justifiant cette décision par l’absence d’un « très large consensus ». Dans le cas contraire, a-t-il soutenu, il aurait « pris ses responsabilités ».

Le nom du onzième chef de l’Etat turc (2007-2014) a été au cœur d’intenses discussions entre plusieurs partis d’opposition au cours de la semaine écoulée, mais cette hypothèse a été vivement rejetée par certains en raison notamment de sa proximité passée avec Recep Tayyip Erdogan. Une candidature d’Abdullah Gül aurait ouvert la voie à un spectaculaire duel fratricide avec l’actuel chef de l’Etat turc.

Abdullah Gül, un homme affable, à la voix éraillée et à la moustache en brosse, a en effet cofondé en 2001 le Parti de la justice et du développement (AKP) avec Recep Tayyip Erdogan, dont il a notamment été le ministre des affaires étrangères (de 2003 à 2007), puis le président (jusqu’en 2014).

Un double scrutin fixé au 24 juin

Au cours de la présidence d’Abdullah Gül, des divergences étaient apparues entre les deux hommes, mais l’ex-chef de l’Etat s’est toujours gardé de critiquer frontalement son successeur. Sans mentionner l’actuel président turc, M. Gül a déploré samedi l’« atmosphère de polarisation » qui règne en Turquie et insisté sur l’importance de « la séparation des pouvoirs, des droits et des libertés ».

S’il ne s’est pas présenté, l’ancien président semble en tout cas avoir agacé ses anciens compagnons de route. « J’aurais préféré que M. Gül dise dès le départ Je suis aux ordres de mon parti” », a lâché vendredi le premier ministre Binali Yildirim.

Le président Erdogan a annoncé mercredi 18 avril que des élections législatives et présidentielle prévues en novembre 2019 se tiendraient le 24 juin prochain, soit un an et demi plus tôt que prévu. Un double scrutin lors duquel il briguera un nouveau mandat présidentiel aux pouvoirs renforcés. C’est en effet à partir de ces élections qu’entreront en vigueur les dispositions de la réforme constitutionnelle adoptée par référendum en avril 2017 et qui renforce les prérogatives du président.