Nasser Al Khelaïfi, président du PSG, et Neymar, nouvelle vedette du club parisien. / Michel Euler / AP

« Sauver la crédibilité de la Ligue des champions » : c’est la mission que s’est fixée l’UEFA (Union des associations européennes de football) après le recrutement somptuaire du Paris Saint-Germain, qui s’est attaché les services de Neymar et Kylian Mbappé le même été.

Quelques heures après la clôture du mercato estival, la Confédération a annoncé, samedi 2 septembre, l’ouverture, la veille, d’une enquête portant sur « la conformité du club parisien avec l’exigence de l’équilibre financier en particulier à la lumière de son activité de transfert récente ». Cette « enquête formelle » diligentée par l’Instance de contrôle financier des clubs (ICFC) est à la fois inhabituelle et exceptionnelle.

Quel est l’objectif de l’enquête ?

Elle a pour but premier de vérifier si le PSG a respecté les critères du fair-play financier (FPF), ce mécanisme initié en 2011 et en vertu duquel les équipes européennes ne doivent pas dépenser plus qu’elles ne gagnent.

En principe, l’UEFA ne devait examiner les comptes, clôturés au 30 juin, du PSG qu’en octobre. L’organisation n’était censée passer à la loupe le dossier Neymar, recruté moyennant le paiement d’une clause libération de 222 millions d’euros, qu’en octobre 2018.

Il en aurait été de même pour le cas Mbappé, dont le prêt avec option d’achat de 145 millions d’euros (plus 35 millions d’euros de bonus) a été intégré, selon l’Equipe, dans les comptes du PSG dès cette saison.

Kylian Mbappé et Neymar, les deux recrues estivales du Paris-Saint-Germain. / FRANCK FIFE / AFP

Mais la formation de la capitale a éveillé les soupçons de l’ICFC tout en irritant ses concurrents continentaux- le Real Madrid, le FC Barcelone, la Juventus Turin en tête -, réunis au sein de l’Association européenne des clubs (ECA).

Cette enquête a été ouverte au regard des antécédents du PSG, déjà sanctionné en 2014 dans le cadre du FPF, mais aussi du volume exceptionnel des dépenses consenties lors du mercato estival (382 millions d’euros).

« On est devant un cas à la fois exceptionnel et grave », assure une source proche de l’enquête de l’ICFC, alors que le PSG est censé afficher un déficit maximal de 30 millions d’euros sur trois saisons pour respecter le FPF.

« La crédibilité du système est en jeu, explique cette même source. Il faut que justice soit rendue sans qu’on attende deux ans. Il faut sauver la crédibilité de la Ligue des champions et on ne peut pas laisser le PSG faire deux saisons tranquillement. »

A quoi l’UEFA s’intéresse-t-elle précisément ?

L’ICFC s’intéresse notamment aux montages juridiques échafaudés par le PSG cet été, particulièrement à celui qui concerne le prêt de Kylian Mbappé. La clause de l’achat du joueur de 18 ans est conditionnée au maintien en Ligue 1 du PSG, sacré quatre fois champion de France depuis 2013, au terme de la saison.

En outre, l’ICFC veut se pencher sur les recettes de sponsoring récoltées par le PSG, propriété depuis 2011 du fonds Qatar Spors Investments (QSI), via des entreprises du richissime émirat.

Le contrat d’image mirobolant (175 millions d’euros par saison) scellé, en août 2016, avec l’Autorité du tourisme du Qatar (QTA) sera d’autant plus scruté que le précédent partenariat (200 millions d’euros par saison) avait été décoté de moitié par l’UEFA, en 2014.

Selon nos informations, le PSG, qui s’est dit « surpris » de la démarche de l’UEFA, va devoir faire parvenir aux enquêteurs de l’ICFC ses données comptables.

Un état des lieux sera réalisé d’ici à la fin de novembre, avant l’audition des dirigeants parisiens, programmée à Nyon, au siège de l’UEFA. L’ICFC prévoit de prendre une décision à la fin de la saison en fonction des données comptables du club de la capitale.

Sur quoi cette enquête peut-elle déboucher ?

Les enquêteurs peuvent décider de « classer l’affaire sans suite, de conclure un accord de règlement de l’affaire, avec le consentement du défendeur (comme en 2014), ou d’appliquer, avec le consentement du défendeur, des mesures disciplinaires limitées à la mise en garde, au blâme, ou à une amende d’un montant maximum de 100 000 euros. « 

L’ICFC peut aussi décider de « déférer l’affaire à la chambre de jugement ». Cette dernière dispose d’une palette de sanctions beaucoup plus large. Lesdites sanctions peuvent aller du simple « avertissement » à « l’exclusion de compétitions futures, le retrait d’un titre ou d’une récompense. »

Les règles du fair-play financier pourraient-elles évoluer ?

De manière générale, le cas parisien augure d’une « réforme en profondeur du FPF », selon un expert du fonctionnement de l’UEFA, pour qui « l’élite du foot européen est déstabilisée par ce mercato fou ».

Fragilisé, contesté, le mécanisme du FPF a toutefois entraîné une baisse drastique du déficit cumulé des clubs européens, estimé à 1,7 milliard d’euros en 2011 et à 286 millions d’euros en 2016.

La fermeté du ton adopté par le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, atteste d’ailleurs de sa volonté d’amender et d’adapter cette mesure prise par son prédécesseur, Michel Platini. Quelle que soit la décision de l’ICFC, le « dossier » parisien aura permis d’amorcer une réflexion collective, au sein du foot européen, sur l’efficacité et la pérennité du FPF dans son état actuel.